L’action Kering a connu des montagnes russes cette semaine. Après avoir gagné 12% le lundi 16 juin, renouant ainsi (trop brièvement avec ses niveaux de cours de fin mars, l’action du géant du luxe en difficulté (qui ne parvient pas, depuis plusieurs années déjà, à redresser sa marque phare Gucci) a effacé mardi, mercredi puis jeudi l'intégralité de ses gains !

L’arrivée de Luca de Meo (le patron et redresseur de Renault) à la direction générale de Kering a certes suscité un bref enthousiasme initial ce lundi. Mais cette poussée de fièvre sur l’action Kering a rapidement été suivie par une lourde rechute en Bourse, sur fond de prises de profits de spéculateurs pressés ainsi que de propos négatifs du cabinet de conseil Bain (qui s’attend à une faiblesse du secteur du luxe ces prochaines années) et de la banque Berenberg, qui a affiché sa prudence sur les perspectives de Kering (une des valeurs du luxe qu'elle apprécie le moins).D’autant que la consommation d’articles de luxe en Chine - un marché clé pour le secteur - est attendue en stagnation.

Est-ce qu’un vendeur d’automobiles peut devenir un nouveau pape du luxe, à la tête de Kering ?

«A la Bourse de Paris, l’action Kering est le nouveau terrain de jeu des Loups de la Finance. Il suffit d’un frémissement sur une valeur comme Kering pour voir toute la meute des traders et analystes se ruer dessus, tels des lions affamés sur une carcasse fraîche au beau milieu de la savane. Qui aurait résisté à l’appel du sang, franchement ? Personne, soyons honnêtes», relève James D. Touati (dit le Loup de Zurich), consultant, formateur, trader et président-fondateur de The Nest, interrogé par Capital.

Mais la vraie question, celle qui fait mal, c’est la suivante : «Est-ce qu’un vendeur d’automobiles peut vraiment se muer en pape du luxe, capable de refourguer sacs à main et chiffons hors de prix à une clientèle qui ne roule pas en Clio, mais en ego surdimensionné ?», ironise le consultant. L’ex-patron de Renault, Luca de Meo, le nouveau maestro de Kering, est fraîchement débarqué du monde automobile. On l’a vu à l’œuvre chez Renault, où il a rejoué la partition du grand Carlos Ghosn, le cost killer (le sabreur de coûts) en chef.

Quelles sont les perspectives de l’action Kering, selon l’analyse technique ?

Résultat ? «800 millions d’euros de coûts passés à la moulinette, des modèles mythiques ressuscités (coucou le Scénic, salut la Renault 5 électrique !). Bref, du classique, du solide, du carré. Mais là, il s’attaque à un tout autre bestiaire», fait valoir le Loup de Zurich, qui souligne que le luxe, ce n’est pas l’automobile. On ne vend pas un sac Gucci comme on vend une Twingo. «L’auto, c’est le besoin, la nécessité, parfois la contrainte. Le sac à main griffé, c’est la vanité, l’affichage, la pulsion de briller dans la lumière des regards», explique le consultant. Deux mondes, deux mentalités, deux ADN.

Alors, Luca de Meo pourra-t-il transformer le plomb du secteur en or massif, ou va-t-il se casser les dents sur l’arrogance feutrée du luxe ? A surveiller comme le lait sur le feu. Le Loup de Zurich dit rester aux aguets sur l’action Kering. Du point de vue de l’analyse technique (analyse graphique et mathématique de l’action Kering), «un rebond en Bourse de Kering vers 198 euros, puis 298 euros, et pourquoi pas 343 euros à court et moyen termes, ça reste possible. Mais méfiez-vous des mirages : dans la savane du marché actions, le plus dangereux n’est pas toujours celui qu’on croit», avertit le consultant.

Quel potentiel en Bourse pour l’action Kering, selon l’analyse financière ?

Du seul point de vue des fondamentaux (l’analyse financière), Oddo BHF dit ne pas entrevoir de potentiel d’appréciation en Bourse sur l’action Kering, dont le juste prix est pour l'heure estimé à 171 euros (contre un cours de Bourse de 157 euros, à l’heure où ces lignes sont écrites, jeudi 19 juin). Certes, selon le courtier, Luca de Meo «devrait apporter à Kering un nouveau leadership. Il ne devrait pas hésiter à apporter des changements importants, et il a un talent prouvé pour le marketing». Enfin, étant italien, il devrait bénéficier d’une certaine aisance avec la griffe florentine, implantée pour une part importante en Italie. Mais en revanche, Luca de Meo «n’a pas d’expérience du secteur du luxe et son arrivée (une surprise totale pour la communauté financière) inaugure une nouvelle période de transition», relève Oddo BHF.

Tiraillé entre le réel potentiel de redressement de Kering et le manque de visibilité persistant, Oddo BHF préfère maintenir une recommandation neutre sur l’action du géant du luxe en difficulté. Les lecteurs de Momentum, la lettre d’investissement premium de Capital sur la Bourse, ont été prévenus il y a déjà plusieurs années (très en amont, donc) du risque d’effondrement en Bourse de l’action Kering. Découvrez notre nouvelle analyse (notre anticipation actualisée sur les perspectives de l'action Kering,) dans Momentum. Ces dernières années, la sélection d’actions en Bourse de Momentum a grimpé plus vite que le CAC 40. En optant pour un abonnement annuel, 5 mois sont offerts. Pour en profiter, il suffit de cliquer sur le lien ci-après.