Valises qui roulent à minuit dans les couloirs, voyageurs qui sonnent au mauvais appartement, digicodes transmis à des inconnus, ascenseurs bloqués ou parties communes dégradées… Dans de nombreuses grandes villes, les tensions autour des locations Airbnb explosent. Sur fond de crise du logement et de pénurie locative, les meublés touristiques sont devenus un sujet sensible dans certaines copropriétés.

Le climat s’est encore durci depuis l’adoption de la loi Le Meur, validée par le Conseil constitutionnel en mars 2026. « Il y a toujours eu des mésententes, mais depuis un an et demi, c’est devenu beaucoup plus tendu », constate Berkise Grillot, co-fondatrice de la conciergerie Angels, spécialisée dans la gestion de biens en location courte durée.

« Mon immeuble est devenu un hôtel » : des tensions qui explosent

Bruit, allées et venues incessantes, sentiment d’insécurité ou dégradations des parties communes : dans certains immeubles, la succession de voyageurs tous les deux ou trois jours suffit désormais à alimenter les conflits entre voisins.

« Les principales craintes des copropriétaires restent les accès à l’immeuble jugés moins sécurisés et les nuisances sonores », explique Berkise Grillot. Selon elle, certaines résidences refusent désormais les boîtes à clés ou limitent les systèmes d’ouverture à distance. « On a déjà vu des voisins épier les voyageurs, les questionner ou chercher à faire baisser les notes des logements avec de faux commentaires négatifs », affirme-t-elle.

Le règlement de copropriété peut faire basculer tout un investissement

Derrière les tensions de voisinage, c’est surtout le règlement de copropriété qui devient aujourd’hui l’arme principale contre Airbnb. Dans certains immeubles à « habitation bourgeoise exclusive », les locations touristiques peuvent être jugées incompatibles avec l’usage résidentiel de l’immeuble. Depuis la loi Le Meur, les copropriétés peuvent également voter plus facilement l’interdiction des meublés touristiques. Lorsqu’une clause d’« habitation bourgeoise » figure déjà dans le règlement, une majorité des deux tiers des copropriétaires peut désormais suffire pour interdire les locations de type Airbnb dans l’immeuble.

Avant d’investir, plusieurs vérifications deviennent donc indispensables : consulter le règlement de copropriété, analyser les derniers procès-verbaux d’assemblée générale et vérifier si des restrictions sont envisagées. « Beaucoup de propriétaires découvrent trop tard que leur règlement de copropriété peut remettre en cause leur projet », souligne Berkise Grillot. Pour tenter de rassurer les syndics, certaines conciergeries mettent désormais en place des capteurs de bruit et des check-in physiques. Mais le contrôle reste limité. « Les voyageurs paient aussi pour leur intimité. Je peux vérifier le nombre de personnes à l’arrivée, mais si, dans la soirée, ils décident d’inviter des amis, je ne vais pas aller contrôler cela », reconnaît Berkise Grillot.

Jusqu’à 100 000 euros de sanctions

En cas de nuisances répétées ou de non-respect du règlement de copropriété, le syndic ou plusieurs copropriétaires peuvent engager une action judiciaire contre le propriétaire. Désormais, un seul copropriétaire peut également agir pour faire cesser des troubles anormaux du voisinage liés à une location touristique. Ascenseurs bloqués, portes forcées ou équipements détériorés : la location courte durée concentre rapidement les soupçons. « Il y a parfois une forme de culpabilité automatique », estime Berkise Grillot. « Pourtant, certaines dégradations pourraient tout aussi bien être causées par des occupants classiques vivant dans l’immeuble toute l’année. »

Dans les zones tendues, le non-respect des règles de changement d’usage peut coûter extrêmement cher. Certaines sanctions peuvent atteindre jusqu’à 100 000 euros par logement en cas de location touristique illégale. Depuis le 1er janvier 2025, les annonces doivent également afficher un numéro d’enregistrement. Son absence peut entraîner une amende de 1 500 euros par annonce. Selon Service-Public.fr, des infractions aux règles encadrant les meublés touristiques peuvent également entraîner des amendes civiles allant jusqu’à 15 000 euros, notamment en cas de dépassement des plafonds autorisés pour une résidence principale. Quelques nuisances répétées peuvent désormais suffire à remettre en cause tout un investissement locatif.