Alors que son petit cousin s’apprête à commencer un nouveau travail à Paris, Justine s’inquiète de savoir s’il a trouvé un logement dans la capitale, réputée pour la rareté et la cherté des locations. «Oui, depuis deux mois», lui répond-il. Soulagée mais un peu surprise, Justine lui demande les secrets de sa bonne fortune. «Bah, j’ai fourni de faux bulletins de salaire, explique-t-il tranquillement. Le haut-le-corps de sa cousine ne lui ayant pas échappé, il justifie cette production de faux par le niveau des loyers à Paris, où ils sont pourtant encadrés : «Comment veux-tu que je gagne trois fois le loyer, en début de carrière ?»

Le cas du petit cousin de Justine n’est pas isolé. Selon une enquête menée auprès de 2 000 Français par l’institut Flashs pour la plateforme Zelok, spécialisée dans la constitution de dossiers de location, et dont les résultats ont été publiés ce jeudi 4 septembre, un peu plus d’un quart (26%) des locataires interrogés admettent avoir déjà fourni de faux renseignements pour obtenir un logement. Le mensonge sur la situation personnelle est le plus fréquent, représentant 16% des cas. Concrètement, il s’agit par exemple de se prétendre en couple, pour rassurer le propriétaire bailleur avec la perspective de deux sources de revenus, alors qu’on est célibataire.

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De fausses fiches de paie pour 21% des 18-24 ans

Vient ensuite, pour 12% des sondés, la présentation de fiches de paie «trafiquées pour faire croire à un salaire plus élevé». Une proportion qui grimpe à 21% chez les 18-24 ans, la tranche d’âge du petit cousin de Justine. En vogue également, pour 11% des locataires du panel, la production d’un faux contrat de travail à durée indéterminée (CDI) ou d’un contrat soi-disant prolongé, alors qu’il est terminé. Là encore, la proportion bondit à 19% parmi les 18-24 ans.

Et encore, tous les locataires sondés par Flashs n’ont peut-être pas été francs avec l’institut car, en face, pas moins de 58% des propriétaires interrogés déclarent avoir déjà suspecté, ou carrément détecté, qu’un candidat à la location avait présenté des documents falsifiés. Plus d’un tiers (35%) de ces propriétaires ont déjà fait face à ce type de situation à plusieurs reprises, et 23% une seule fois.

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Des pratiques abusives subies par 62% des locataires

Des propriétaires qui ne sont pas tout blancs non plus : 62% des locataires interrogés disent avoir déjà cédé, par peur de ne pas obtenir le logement, à des pratiques abusives de la part de bailleurs, comme le versement d’un acompte pour «réserver» le bien, ou le paiement de plusieurs mois de loyer à l’avance. Pour 42% de ces locataires, «il est difficile de faire autrement». «Les propriétaires redoublent d’exigences pour se prémunir contre les impayés de loyer, au point de parfois franchir les limites fixées par la loi», reconnaît Léa Paolacci, chargée d’études chez Flashs.

Pour elle, «cette étude révèle à quel point l’accès au logement en France s’apparente aujourd’hui à un véritable parcours d’obstacles. La pression budgétaire et la rareté de l’offre poussent les locataires à multiplier les contournements, à enjoliver leurs dossiers. Les jeunes générations illustrent particulièrement cette adaptation pragmatique mais risquée». Risquée pas seulement si les propriétaires découvrent le pot aux roses, mais également parce que, si les locataires obtiennent le logement, 41% d’entre eux se retrouvent à consacrer plus de 33% de leurs revenus au paiement du loyer. Or, dans le cadre d’un crédit immobilier, la plupart des banques considèrent que vos mensualités de remboursement ne doivent pas représenter plus de 33% de vos revenus, afin de ne pas vous placer en difficultés financières.