« Croître ce n’est pas une fin en soi, estime Anne Jousse, fondatrice et dirigeante du groupe hôtelier français B Signature, aux côtés de sa fille Agathe, directrice générale. Et de poursuivre, certains clients nous ont dit qu’on était à la bonne taille et qu’à trop vouloir grandir on risquait d’y perdre notre âme ». Cette fameuse âme, vantée par les clients, le duo mère-fille l’entretient farouchement sur l’ensemble de ses lieux, ses cinq hôtels parisiens, un à Saint Barth, et le domaine de la Bretesche et son golf situé à Missillac entre Nantes et La Baule.

Il faut dire que pour ce duo originaire de Nantes, l’hôtellerie est avant tout une affaire de famille. « On était d’abord courtier en assurance de père en fille, et un jour on a proposé à mon père de reprendre le golf sur lequel il jouait le week-end, ainsi que son hôtel situé dans la grande banlieue de Nantes » explique Anne Jousse. Ça tombe bien l’homme d’affaires, ni banquier, ni boursicoteur, cherche à investir. « Entrepreneur dans l’âme, il n’a pas résisté et a transformé ce petit hôtel de campagne en Relais et Chateaux». Jusqu’au jour où, lassé de développer cette activité, il décide de passer la gestion à sa fille, Anne. On est au début des années 2000, et la nantaise, qui faisait des aller-retours entre Nantes et Paris pour son métier de courtière, sent que c’est dans la capitale qu’il faut développer l’entreprise. « On acquiert l’Hôtel Bel-Ami à Saint-Germain des Près fin 2003, puis l’hôtel Edouard VII avenue de l’Opéra, cinq ans plus tard, l’hôtel de Sers en 2010, près des Champs-Élysées, en 2012 s’ajoute l’hôtel Vernet, et le Montalembert, situé sur la Rive Gauche en 2014 » relate Anne Josse.

En un peu plus d’une dizaine d’années, le groupe B Signature impose progressivement sa patte d’une hôtellerie cinq étoiles à dimension humaine. « On développe une forme de luxe décontracté, nos lieux sont de beaux écrins dans lesquels vous pouvez pourtant rentrer sans vous sentir intimidé » poursuit l’entrepreneuse. Tous différents, avec une décoration adaptée au quartier où ils se trouvent, les hôtels B Signature deviennent reconnus pour la qualité de leur management. « Nous ne sommes pas des palaces avec une personne derrière chaque client, mais nos équipes sont attentionnées avec l’envie de faire plaisir. L’idée c’est de se sentir chez soi en mieux ». Un concept qui fonctionne puisqu’en 2025, le groupe a généré un chiffre d’affaires de 55 millions d’euros avec 6-7% de croissance par an. Leur dernier achat, le Manapany, un hôtel basé à Saint-Barth, acquis en 2016 et ouvert deux ans plus tard. Un hasard total lié surtout à la culture française.

Et s’il ne compte pas s’arrêter là – le groupe prospecte du côté de Rome et Venise – le but n’est pas de grandir à tout prix. « Nous sommes à la recherche de bonnes adresses, des bâtiments qui ont une histoire » lâche Agathe Jousse, formée au Georges V, qui a rejoint le groupe il y a sept ans et travaille aujourd’hui main dans la main avec sa mère. Des lieux atypiques – le Bel Ami est installé dans une ancienne imprimerie, l’hôtel de Sers a construit son entrée dans une ancienne salle des calèches… - pour y installer des hôtels qui ne font pas moins de cinquante chambres, mais pas plus de cent. « Ça prend du temps à trouver, mais nous ne sommes pas pressées » poursuit Agathe Jousse. Une jolie réussite qui progresse tranquillement sur un créneau dont l’offre est saturée de propositions, et qui raconte aussi que travailler en famille peut avoir du bon. « C’est plus une force qu’une faiblesse » confirme Agathe Jousse.