
Réelle mesure pour le pouvoir d’achat ou coup d’épée dans l’eau ? Ce lundi 5 janvier, lors d’entretiens avec les organisations syndicales et patronales, Serge Papin, ministre, parmi d’autres choses, du Pouvoir d’Achat, a mis sur la table une proposition : le déblocage anticipé de l’épargne salariale, sans imposition. Le but ? «Le gouvernement espère que cela va relancer le pouvoir d’achat, répond Nicolas Blanc, présent lundi pour le compte de la CFE-CGC (Confédération Générale des Cadres). Du côté de mon syndicat, on n’en pense pas grand-chose puisque la mesure concerne vaguement nos populations», estime le secrétaire national à la transition économique à la CGC. En effet, la mesure serait limitée à 2 000 euros de déblocage et ne concernerait uniquement que les personnes gagnant moins de deux Smic par mois, soit environ 2 890 euros nets.
Des conditions qui concernent moins la CGC et ses adhérents cadres qu’une bonne partie de la population, lorsqu’on sait que le salaire moyen est d’environ 2 730 euros nets par mois selon l’Insee. «Cela ne résout pas la question de fond du pouvoir d’achat, considère toutefois Nicolas Blanc. Cette mesure va soutenir peut-être la consommation pendant six mois mais c’est tout. C’est anodin, c’est une mesurette», assène-t-il. Une vision partagée par Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’Épargne : «Ce n’est pas le déblocage qui va améliorer sur le long terme le pouvoir d’achat, abonde-t-il. Il faut faciliter les augmentations de salaire et non pas créer des béquilles qui servent ponctuellement», explique-t-il. D’autant plus que cette proposition n’invente rien de nouveau. Des cas de déblocage anticipé existent déjà, par exemple en cas de mariage, et sont nombreux.
Un déblocage anticipé de l’épargne salariale dépourvue de logique économique
Outre l’impact de la mesure sur les salariés et leur consommation, cette dernière interroge sur sa logique économique : «Une mesure de pouvoir d’achat qui consiste à prendre dans l’épargne longue, c’est une curiosité dans le contexte actuel, considère Bruno Coquet, économiste. Dans le but d’avoir un petit gain à très court terme sur le pouvoir d’achat, le message structurel est très mauvais», se désole-t-il. Même son de cloche chez Philippe Crevel : «D’un point de vue économique, la mesure n’a pas de sens, constate-t-il. On encourage à épargner pour préparer sa retraite notamment mais on décide finalement d’y toucher. Le message n’est pas bon», assène l’expert.
Surtout que les sommes investies dans les PEE ne cessent d’augmenter, atteignant environ 185 milliards en juin dernier. Une popularité qui s’explique : «Les gouvernements successifs ont mis en valeur le PEE mais on change maintenant car les salaires n’ont pas assez augmenté, indique Bruno Coquet. La logique de fond est d’une incohérence incroyable», conclut-il, perplexe. Mais il semblerait que ce soit bel et bien le message souhaité par le gouvernement : «Lors de l’entrevue, Bercy nous a dit que l’objectif initial est de baisser l’épargne en France», confesse Nicolas Blanc, représentant de la CGC sur le sujet. Pourtant, quitte à jouer sur l’épargne, autant viser la plus élevée. Et ce n’est clairement pas l’épargne salariale des PEE avec ses 185 milliards – 220 milliards si on inclut les autres dispositifs d’épargne salariale – mais plutôt l'épargne privée des Français avec ses 6 000 milliards d’euros. Un véritable coup d’épée dans l’eau donc.


















