Au moment de remplir leur déclaration de revenus, certains contribuables changent désormais de réflexe : au lieu de consulter les notices fiscales, ils interrogent une intelligence artificielle. Une solution séduisante face à la complexité de certaines règles, souvent jugées difficiles à comprendre.

Sur le papier, l’IA (ChatGPT, Claude, Perplexity, etc) a tout pour plaire : elle répond instantanément, simplifie les démarches et propose des exemples concrets. Mais en matière fiscale, cette aide peut aussi devenir risquée si elle est utilisée sans recul. Décryptage avec Michaël Cecchetto, comptable.

L’intelligence artificielle est-elle vraiment utile pour remplir sa déclaration d’impôts ?

Dans de nombreux cas, l’IA peut réellement simplifier la vie des contribuables. C’est notamment le cas pour décrypter certaines notions techniques. « L’IA peut être utile pour vulgariser des règles fiscales et orienter le contribuable, surtout lorsqu’il est perdu face à certaines notions techniques », explique Michaël Cecchetto, comptable. Ainsi, elle peut par exemple aider à comprendre une case obscure comme celle liée à l’emploi à domicile, expliquer le fonctionnement des tranches d’imposition ou encore rappeler les principaux crédits d’impôt accessibles. « Un parent peut ainsi découvrir qu’il peut déclarer des frais de garde, ou un salarié vérifier rapidement s’il dépasse un seuil d’imposition » précise l’expert.

Autre usage fréquent : la préparation en amont. Un travailleur indépendant peut demander quelles charges sont généralement déductibles (matériel, déplacements, abonnements) et obtenir une première grille de lecture avant de remplir sa déclaration officielle. Dans ces situations, l’IA agit comme un outil pédagogique et un gain de temps évident.

Quels sont les risques d’erreur avec l’IA pour sa déclaration d'impôts ?

Mais cette efficacité a ses limites. Dès que la situation personnelle sort du cadre standard, les réponses peuvent devenir approximatives, voire erronées. « Ce n’est pas un expert-comptable. L’IA ne connaît pas votre situation dans le détail, et elle peut donner des réponses incomplètes », prévient Michaël Cecchetto, qui cite un exemple : « Un couple en concubinage demande s’il peut faire une déclaration commune. Une IA peut répondre par erreur que c’est possible, alors que la loi impose une déclaration séparée. Même problème pour des dispositifs spécifiques comme la location meublée (LMNP), où une mauvaise compréhension du régime fiscal peut entraîner des erreurs importantes. »

Enième écueil : les conseils trop génériques. Là aussi Michaël Cecchetto donne un cas concret : « À la question “comment payer moins d’impôts”, l’IA peut suggérer des dispositifs comme l’investissement locatif ou les dons défiscalisés, sans vérifier si le contribuable est réellement éligible. » Enfin, certaines informations peuvent être obsolètes. Les barèmes fiscaux et les règles évoluent chaque année, et une réponse non mise à jour peut induire en erreur.

Comment utiliser l’IA sans risque pour sa déclaration d’impôts ?

Faut-il pour autant abandonner l’idée d’utiliser l’IA ? Pas nécessairement. Bien utilisée, elle peut rester un bon point d’appui.

Elle est particulièrement efficace pour :

  • comprendre les règles fiscales
  • préparer sa déclaration
  • vérifier des calculs simples

Mais elle ne doit jamais être utilisée comme une source unique. « L’IA peut servir de point de départ, mais elle ne remplace pas une vérification humaine, surtout pour les situations complexes », conclut Michaël Cecchetto.