Les encours des sociétés de gestion françaises ont dépassé les 5 000 milliards d'euros à fin 2025, un record historique selon l'Association Française de la Gestion financière. Des millions d'épargnants font confiance à des gérants professionnels pour faire fructifier leur argent, souvent sans bien savoir ce que ça leur coûte vraiment. La promesse est simple : en échange de frais plus élevés qu'un simple ETF, le gérant sélectionne des valeurs et fait mieux que le marché. Mais cette promesse n'est pas toujours tenue, surtout en prenant en compte l'ensemble des frais.

Andrea Tueni, expert marché chez Saxo, distingue ainsi plusieurs types de frais : « Quand vous investissez dans un OPCVM via une banque ou une assurance-vie bancaire, les frais peuvent s'empiler. Vous avez des frais de courtage à l'achat, des frais de gestion du fonds, parfois des frais de surperformance, des frais d'entrée, de sortie, et des frais sur l'enveloppe elle-même. On peut vite se retrouver avec une lourdeur considérable. » Le courtier a d'ailleurs l'obligation légale d'afficher l'ensemble de ces frais, en valeur nette et en pourcentage.

L'indicateur qui pointe les faux fonds actifs

Ainsi, le premier réflexe à avoir est de s'affranchir des frais inutiles, comme les frais d'entrée, qui plombent l'investissement avant même qu'il n'ait commencé. C'est ensuite que l'on pourra comparer les frais de gestion. Car, ramené sur le long terme, l'écart de coût est considérable. Un ETF World basique facture entre 0,15 et 0,25 % de frais de gestion annuels. Un fonds actif comparable tourne autour de 1,4 % en moyenne selon l'AMF, certains fonds spécialisés dépassant 2 %. Une différence de 1,5 %, comme ça, ça ne semble pas beaucoup… Mais sur le long terme, ça fait l'effet boule de neige inverse. Ce surcoût ne se justifie que si le fonds bat son indice de référence.

Or, selon le livre blanc « La gestion active, levier de surperformance » publié le 22 avril 2026 par sept sociétés de gestion indépendantes françaises (BDL Capital Management, Carmignac, CIAM, Comgest, Edmond de Rothschild AM, IVO Capital Partners et Moneta Asset Management), une partie des fonds vendus comme « actifs » se contente de coller à leur indice, tout en facturant le prix de la gestion active.

Depuis 2009, il existe ainsi un indicateur devenu standard dans l'industrie : l'Active Share. Il mesure le pourcentage du portefeuille d'un fonds qui s'écarte de son indice de référence. S'il est de 0 %, le fonds réplique l'indice à l'identique. À 100 %, il n'a aucune position en commun avec lui. Les seuils à retenir sont 71 % (en dessous, les chances de surperformance chutent sensiblement) et 80 % (au-dessus, les fonds battent en moyenne leur indice). En dessous de 60 %, l'AMF elle-même parle de gestion passive déguisée.

Les documents à consulter avant d'investir

Attention cependant, l'Active Share élevé n'est pas une garantie, il faut le croiser avec d'autres indices, comme la performance réelle sur plusieurs années. Andrea Tueni liste les documents à consulter systématiquement avant d'investir, notamment le DICI (Document d'Information Clé pour l'Investisseur) : il présente les frais totaux, la performance passée sur plusieurs années (1 an, 3 ans, 10 ans, et depuis le début) ainsi que le niveau de risque sur une échelle de 1 à 7. C'est là que figure aussi le coût total annuel du fonds.

« Il y a aussi le prospectus, qui va plus loin et explique tout le rationnel derrière le fonds, la stratégie d'investissement et les contraintes du gérant », ajoute l'expert. Ce papier explique notamment si le fonds peut vraiment s'éloigner de son indice, ou s'il est contractuellement tenu de rester proche.

Les ETF actifs, une troisième voie ?

Il existe aujourd'hui une option intermédiaire entre l'ETF passif et le fonds actif classique : les ETF actifs. La quasi-totalité des grands émetteurs s'y sont mis. Le but est de combiner la cotation en continu et les faibles coûts de transaction d'un ETF avec une sélection de valeurs opérée par un gérant. Ils se repèrent facilement avec le mot « Active » dans leur nom. Leurs frais se situent autour de 0,4 à 0,7 % par an ; un entre-deux.

« Tous les fournisseurs d'ETF se sont lancés dans des ETF actifs pour concurrencer la gestion active. C'est clairement un concurrent aux sociétés de gestion », souligne Andrea Tueni. Pour un épargnant qui veut s'éloigner de la gestion totalement passive sans trinquer sur les frais, ils peuvent être envisagés.