C’est l’une des informations les plus précieuses de votre avis d’imposition, et aussi l’une des moins lues. Dans la rubrique « Plafond épargne retraite », l’administration récapitule noir sur blanc les sommes que vous pouvez encore déduire de vos revenus imposables en versant sur un Plan d’épargne retraite. Le plafond de l’année en cours, 10 % des revenus professionnels de 2025, dans la limite de 37 680 € pour les salariés, et jusqu’à 88 911 € pour les travailleurs indépendants, s’y ajoute aux reports des années antérieures non utilisés. Une rubrique pourtant passée sous les radars d’une majorité de contribuables. « C’est l’angle mort du PER », tranche Benoît Berchebru, directeur de l’ingénierie patrimoniale du groupe Astoria Finance. « Dans plus d’un cas sur trois, les clients découvrent qu’ils ont plusieurs milliers d’euros de plafond disponibles, simplement parce que personne ne leur a jamais expliqué comment le lire ni l’exploiter », poursuit-il.

Pour incarner ce gisement fiscal méconnu, l’expert cite le cas récent d’un dirigeant en profession libérale, doté d’environ 120 000 € de bénéfice imposable, et persuadé d’être « à jour » sur sa retraite. « En reprenant ses avis d’imposition, on a identifié près de 42 000 € de plafonds PER non utilisés cumulés sur plusieurs années », raconte Benoît Berchebru. En cause, une confusion entre les anciens dispositifs Madelin et le fonctionnement du PER, qui a laissé dormir des droits année après année. En mobilisant une partie de ce stock via un versement de 30 000 €, le dirigeant a généré 12 000 € d’économie d’impôt immédiate. « Ce client était pourtant bien conseillé sur ses investissements, mais ce levier fiscal pur était totalement passé inaperçu. Chez les TNS, le ‘chiffre caché’ est souvent encore plus élevé », avertit l’expert.

Nouveauté capitale introduite par la loi de finances 2026 : les plafonds générés à compter du 1er janvier 2026 sont désormais reportables sur 5 années au lieu de 3. Mais attention, la mesure n’est pas rétroactive. Un plafond généré en 2025 expire toujours fin 2028, tandis qu’un plafond 2026 courra, lui, jusqu’à fin 2031. Une double horloge fiscale qui risque de piéger nombre d’épargnants. « L’erreur que j’anticipe le plus, c’est une erreur de timing liée à une mauvaise lecture des règles de report », prévient Benoît Berchebru. « C’est une confusion classique entre stock et flux : les anciens plafonds restent soumis à l’ancien régime à 3 ans, tandis que les nouveaux, à compter de 2026, bénéficieront du report à 5 ans — mais seulement pour les droits acquis à partir de 2026, donc réellement visibles à partir de 2030 et 2031 », détaille-t-il. Sa conclusion est sans appel : 2026 est une année charnière, avec un vrai risque de perte sèche de droits fiscaux pour ceux qui ne pilotent pas activement leur plafond.

Trois profils pour qui verser avant le 31 décembre 2026 s’impose

La règle d’imputation est implacable et méconnue. Le fisc consomme d’abord le plafond de l’année en cours, puis les reports du plus ancien au plus récent. Autrement dit, si vous ne versez pas assez, ce sont vos droits les plus vieux qui disparaissent définitivement. Trois profils ont intérêt à passer à l’acte cette année. D’abord, le « plafond en péril », celui qui traîne encore des reports de 2023 condamnés à expirer au 31 décembre 2026 s’il ne les mobilise pas. « Beaucoup d’épargnants vont croire — à tort — qu’ils disposent encore de plusieurs années pour utiliser leurs anciens plafonds », insiste Benoît Berchebru. « On risque de voir des contribuables laisser expirer des droits acquis en 2023, simplement parce qu’ils auront entendu parler du passage à 5 ans, sans comprendre que cette extension ne s’applique pas rétroactivement », complète l’expert.

Ensuite, le « sautant de tranche », autrement dit tout contribuable qui vient de basculer de 30 à 41 % de TMI, a intérêt à purger ses anciens droits avec l’efficacité fiscale maximale. Sur 8 000 € versés, l’économie atteint 3 280 € contre 2 400 € à 30 %. « La priorité est d’aller ‘remplir’ la tranche à 41 %, sans déborder inutilement », recommande Benoît Berchebru, qui invite à raisonner en montant de revenu situé dans la tranche à 41 %, et non en montant global de versement. Attention toutefois à l’effet de seuil, car si votre versement fait redescendre une partie du revenu dans la tranche inférieure, le calcul devient hybride. « Chaque euro versé doit idéalement être déduit à 41 %, voire à 30 % — mais pas moins. Le bon réflexe, ce n’est donc pas ‘verser un maximum’, mais ‘verser juste’ », martèle l’expert.

Enfin, il reste le cas de celui du « proche retraite », dont le TMI mécaniquement chutera dans deux à trois ans. Défiscaliser maintenant à 41 %, puis ressortir en capital ou en rente à 11 %, reste l’une des stratégies les plus rentables du PER, malgré la hausse des prélèvements sociaux portés à 18,6 %. À l’inverse, pour les plus de 70 ans, la règle du jeu a changé : les versements effectués depuis le 1er janvier 2026 ne sont plus déductibles. Vérifier son avis, calculer son gain marginal, puis trancher, voilà le triptyque gagnant d’une déclaration 2026 réussie.