Monter en compétences, préparer une reconversion ou sécuriser son emploi : la formation professionnelle reste un levier clé en 2026. Mais les règles de financement ont nettement évolué ces derniers mois. Depuis le 2 avril 2026, le reste à charge obligatoire du CPF est fixé à 150 euros, contre 103,20 euros auparavant, selon Service-Public.fr. Dans le même temps, plusieurs formations font désormais l’objet de plafonds de prise en charge.

Résultat : même avec un compte bien alimenté, de nombreux actifs doivent désormais compléter eux-mêmes le financement de leur formation. « J’avais 2 400 euros sur mon CPF, et la formation en gestion de projet que je visais coûtait 2 600 euros. J’ai dû ajouter un peu plus de 200 euros de ma poche à cause du reste à charge », raconte Thomas, 38 ans, salarié dans la logistique. « Mon employeur a refusé dans un premier temps que je la suive sur mon temps de travail en raison d’un sous-effectif dans l’équipe. Il m’a finalement proposé de la décaler de quelques mois pour pouvoir l’organiser plus sereinement. »

Des aides différentes selon votre statut

Le CPF (Compte personnel de formation) reste le dispositif le plus utilisé. Il est alimenté de 500 euros par an pour la plupart des salariés à temps plein, dans la limite de 5 000 euros. Mais depuis la loi de finances pour 2026, certaines formations font désormais l’objet de plafonds de prise en charge.

Ainsi, les formations inscrites au Répertoire spécifique (RS) sont plafonnées à 1 500 euros, tandis que certains bilans de compétences sont limités à 1 600 euros. Le gouvernement souhaite recentrer les financements sur les formations directement liées à l’emploi.

« On observe une logique de responsabilisation des actifs : le CPF reste mobilisable, mais il est désormais pensé comme un cofinancement et non plus comme une prise en charge automatique », analyse Guillaume Morel, conseiller en formation et évolution professionnelle.

À noter que certains actifs restent exonérés du reste à charge de 150 euros, notamment les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail ou les salariés dont l’employeur complète le financement de la formation.

Pour les demandeurs d’emploi, le financement peut aussi passer par l’AIF (Aide individuelle à la formation), accordée par France Travail lorsque le CPF est insuffisant. Les salariés peuvent également mobiliser le PDC (Plan de développement des compétences) financé par l’entreprise, ou le PTP (Projet de transition professionnelle), destiné aux reconversions avec maintien partiel de rémunération.

Les travailleurs indépendants et autoentrepreneurs disposent également de dispositifs dédiés pour financer leurs formations. Les professions libérales dépendent par exemple du FIFPL (Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux), tandis que les commerçants, dirigeants non salariés ou certains free-lances relèvent souvent de l’Agefice (Association de gestion du financement de la formation des chefs d’entreprise). Ces organismes peuvent prendre en charge l'ensemble ou une partie des coûts, à condition que la formation soit en lien avec l’activité exercée. Les montants varient selon les métiers et les budgets disponibles, mais certaines prises en charge peuvent atteindre plusieurs centaines, voire milliers d’euros par an. Concrètement, un graphiste indépendant souhaitant suivre une formation en intelligence artificielle appliquée au design peut, obtenir une prise en charge des frais pédagogiques.

Certaines professions réglementées, notamment dans le secteur médical, disposent également de dispositifs spécifiques comme le DPC (Développement professionnel continu), financé dans le cadre de leurs obligations de formation.

Dans quels cas l’employeur peut-il refuser ?

Lorsqu’une formation est suivie en dehors du temps de travail, un salarié peut utiliser librement son CPF sans demander l’accord de son employeur. En revanche, dès lors que la formation se déroule pendant les horaires de travail, l’entreprise peut s’y opposer.

« Dans les faits, les refus sont souvent liés à une désorganisation du service, une période d’activité intense, un délai de prévenance insuffisant ou encore une formation jugée non prioritaire pour l’entreprise », explique Guillaume Morel.

L’employeur dispose par ailleurs d’un délai de 30 jours pour répondre à une demande de formation sur le temps de travail. Sans réponse dans ce délai, la demande est considérée comme acceptée.

Avec le durcissement des règles du CPF et la multiplication des plafonds de prise en charge, financer une formation demande désormais davantage d’anticipation. Pour les actifs, l’enjeu est devenu double : identifier le bon dispositif selon leur statut… et éviter qu’un projet professionnel ne se retrouve bloqué faute de financement.