Le télétravail s’est installé durablement dans le quotidien de millions de salariés. Et qui dit travail à la maison dit, de facto, dépenses supplémentaires. Abonnement internet renforcé, achat de matériel tel que de l’encre pour l’imprimante, électricité… Autant de coûts qui peuvent, en théorie, être pris en compte par l’administration fiscale.

Mais en pratique, la situation est plus complexe. Tous les télétravailleurs ne déduisent pas leurs frais, et beaucoup passent ainsi à côté de cet avantage faute de connaître les règles. Le point clé repose sur un choix fiscal souvent mal compris : l’abattement de 10 % ou les frais réels.

Abattement de 10 % ou frais réels : un choix déterminant

Par défaut, l’administration applique un abattement automatique de 10 % sur vos revenus. Ce mécanisme est censé couvrir l’ensemble de vos frais professionnels, y compris ceux liés au télétravail. Conséquence directe : si vous conservez cet abattement, vous ne pouvez pas déduire vos frais de télétravail. Pour pouvoir les intégrer, vous devez opter pour les frais réels. Dans ce cas, deux options s’offrent à vous :

  • un forfait de 2,7 € par jour de télétravail, soit 59,40 € par mois et 626,40 € par an ;
  • ou la déduction de vos dépenses exactes, si elles sont plus élevées.

Attention toutefois : en choisissant les frais réels, vous devez être en mesure de justifier l’ensemble de vos dépenses. Et surtout, cette option s’applique à tous vos frais professionnels, pas uniquement au télétravail.

Quels frais de télétravail pouvez-vous réellement déduire ?

Les frais liés au télétravail sont considérés comme des frais professionnels déductibles, à condition qu’ils soient directement liés à votre activité.

Concrètement, plusieurs types de dépenses peuvent être pris en compte :

  • les frais de communication, comme l’abonnement internet ou téléphonique ;
  • les fournitures, notamment le papier ou les cartouches d’encre ;
  • l’achat de matériel ou de mobilier, utilisé pour travailler à domicile.

Mais là encore, tout dépend de votre situation. Si vous bénéficiez de l’abattement de 10 %, ces dépenses sont déjà supposées être couvertes. Elles ne peuvent donc pas être ajoutées en plus.

Télétravail : peut-on déduire son loyer et ses charges (électricité, gaz…) ?

Le télétravail peut permettre de déduire certaines dépenses liées au logement, comme le loyer, l’électricité, le chauffage (gaz) ou encore l’eau. Mais attention : ces frais ne sont jamais déductibles en totalité. L’administration fiscale impose de calculer une quote-part strictement liée à l’usage professionnel. Cette part dépend à la fois de la surface utilisée pour travailler et du temps réel consacré au télétravail. Par exemple, si vous utilisez une pièce de 10 m² dans un logement de 100 m², soit 10 % de la surface, vous pouvez envisager de déduire environ 10 % de vos charges, ajustés en fonction du nombre de jours télétravaillés dans l’année.

Mais attention, cette méthode est exigeante. Elle suppose de pouvoir justifier précisément :

  • la surface utilisée,
  • les factures (énergie, eau, loyer),
  • et l’usage professionnel réel de l’espace.

En pratique, cette déduction reste risquée en cas de contrôle fiscal, car elle repose sur des calculs parfois discutables. C’est pourquoi beaucoup de contribuables préfèrent le forfait de 2,7 € par jour, plus simple à appliquer, car il intègre déjà ces dépenses indirectes.

Abattement ou frais réels, que choisir ? Le cas d’un salarié en télétravail trois jours par semaine

Prenons le cas d’un salarié en télétravail trois jours par semaine, soit environ 140 jours dans l’année. En optant pour le forfait, il peut déduire 140 × 2,7 €, soit 378 € sur l’année. Dans le même temps, l’abattement automatique de 10 % appliqué à ses revenus représente par exemple 2 500 €. Dans cette situation, le forfait télétravail est donc clairement moins avantageux.
Autre scénario : ce même salarié a investi dans son équipement professionnel. Entre un ordinateur à 900 €, du mobilier pour 600 € et un abonnement internet annuel de 480 €, ses dépenses atteignent 1 980 €. En choisissant les frais réels, il peut déduire ce montant, à condition de pouvoir le justifier. Mais attention : il renonce alors à l’abattement de 10 %.

Allocation de l’employeur : un élément à ne pas négliger

De nombreux salariés ont perçu une allocation de télétravail en 2025, sous forme de remboursement ou de prime forfaitaire. Cette aide change directement les règles fiscales.

Si vous ne choisissez pas les frais réels, cette allocation est exonérée d’impôt et n’a pas à être déclarée. En revanche, vous ne pouvez pas déduire vos frais. Si vous optez pour les frais réels, la situation est plus subtile. En principe, vous ne pouvez pas cumuler allocation exonérée et déduction des frais de télétravail.
Cependant, une exception existe : si vos dépenses réelles dépassent le montant de l’allocation, vous pouvez choisir de réintégrer cette aide dans vos revenus imposables afin de déduire vos frais pour leur montant réel. Une stratégie qui peut s’avérer avantageuse, mais qui nécessite des calculs précis.