
Dans une nouvelle entreprise, une intégration réussie est une intégration qui commence en amont du jour de la prise de poste, pendant le préavis, parfois deux à trois mois avant selon le niveau de poste. Ce temps entre la signature du contrat et la prise de poste est précieux - et souvent mal exploité. Pourtant, il faut rester connecté à son nouvel environnement : « Suivre l'actualité de l'entreprise, identifier les interlocuteurs clés et pourquoi pas les équipes, se tenir informé des acquisitions ou d’autres sujets en pleine mutation », conseille Sophie Hauret, managing director Executive Search chez Robert Half.
Une fois en poste, la tentation est grande de vouloir montrer rapidement tout ce dont on est capable, c'est pourtant l'écueil numéro un. « Ce qu'il faut, c'est comprendre avant d'agir, affirme l’experte. Les premiers jours et les premières semaines doivent être placés sous le signe de l'observation, de l'écoute et de l'humilité ». Décoder les dynamiques internes, identifier les irritants, comprendre les circuits d'influence et de décision : tout cela prend du temps. Comment ? En rencontrant un maximum de collaborateurs, à tous les niveaux de la chaîne de valeur, sans se cantonner à son seul périmètre de responsabilité. « On arrive avec sa propre expertise, avertit-elle. Mais il faut sortir de son service pour aller puiser un peu de vécu et de témoignage auprès de tout le monde ».
Structurer et dialoguer
En même temps, il est conseillé de mettre en place, ou demander en tout cas, des bilans fréquents avec la hiérarchie pour clarifier rapidement les attentes de chacun : revalider la feuille de route, identifier les priorités des trois premiers mois, comprendre les enjeux implicites derrière les missions confiées. « Souvent si le collaborateur ne demande pas, cela ne vient pas toujours », rappelle Sophie Hauret.
À quel rythme ces rendez-vous doivent avoir lieu ? L’experte recommande des one-to-one hebdomadaires, ou au minimum toutes les deux semaines. Sans non plus oublier le service RH : « Maintenir un contact régulier avec le référent RH dédié à son intégration permet d'objectiver son ressenti et d'éviter que des malentendus ne s'installent ».
C'est également le bon moment pour introduire un outil encore trop peu utilisé : le rapport d'étonnement. Ce document, dans lequel le collaborateur consigne ses observations, ses impressions et ses questions au fil des semaines, peut s’avérer une mine d'informations pour l'entreprise mais aussi un bon outil de structuration pour celui qui l'écrit. « Il permet de voir évoluer son ressenti et de le poser à l'écrit, explique Sophie Hauret. Parlez-en très tôt avec votre manager, en lui demandant explicitement à quel moment il souhaite en prendre connaissance ».
Se faire discret
En arrivant dans une nouvelle entreprise, il serait plutôt légitime de vouloir montrer ce dont on est capable pour épater la galerie. C’est pourtant un comportement contraire qu’il faut adopter : « Un doux mélange entre observation et action, préconise l’experte. Qui pourrait se traduire par des quicks wins, ces petites victoires rapides qui permettent d'asseoir sa légitimité sans brusquer l'organisation ». Au fond, ce qui distingue une intégration réussie d'une intégration ratée ne tient pas à votre expertise mais plutôt à votre posture.
C’est le moment d’activer vos plus beaux softs skills : écoute active, empathie, capacité d'adaptation… Elles feront toute la différence sur la durée, contrairement aux coups d’éclat : « Être trop flamboyant, c'est risqué au début, rappelle-t-elle. Ce qui va rassurer et engager les gens autour de vous ? Que vous soyez factuel, objectif, humble et solide ».
Même lorsqu'on rejoint une entreprise pour porter un projet ambitieux de transformation, même lorsqu'on a été recruté précisément pour changer les choses, le succès passe d'abord par la qualité des liens tissés dans ces premiers mois. « On réussit aussi grâce aux relations qu'on construit, conclut Sophie Hauret. C'est pour ça qu'il faut être très vigilant sur ces premières semaines ».



















