Qui a dit que les femmes n’avaient pas leur place aux commandes des plus grandes entreprises ? Certainement pas Muriel Pénicaud. Dans le podcast «Women on Board» réalisé par Harvard Business Review France, l’ancienne ministre du Travail (2017-2020) revient sur la montée en puissance des femmes dans les conseils d’administration. Elle connaît son sujet : outre son passé politique, Muriel Pénicaud a fait l’essentiel de sa carrière dans le privé, à des postes clés chez Danone et Dassault Systèmes, avant de siéger dans des prestigieux boards (conseils d’administration, NDLR) comme ceux d’Orange, de la SNCF ou encore de l’Aéroport de Paris. Joli !

Son entrée dans le monde des conseils d’administration remonte à la période troublée de France Télécom, après une vague de suicides qui avait servi d’électrochoc. Sollicitée par le gouvernement pour mener une étude sur les risques psychosociaux, elle est ensuite appelée à intégrer le conseil d’administration d’Orange. «C’est le premier board qui est le plus difficile à obtenir», se rappelle-t-elle. Mais une fois la porte franchie, les opportunités s’enchaînent : «Lorsque vous avez de l'expérience - à tort ou à raison -, c'est beaucoup plus facile pour la suite.»

Décrocher son premier board… Plus facile à dire qu’à faire. Mais pour passer de la salle de réunion à la table des grands, Muriel Pénicaud met le doigt sur un atout souvent sous-estimé : les soft skills, ces compétences humaines et relationnelles qui font toute la différence dans le monde du travail. Car oui, le savoir-être compte autant que le savoir-faire. Contrairement aux hard skills (vos compétences techniques bien calibrées), les soft skills touchent plutôt à votre manière de collaborer, de communiquer et d’évoluer en équipe. Voici quatre qualités à muscler pour viser le sommet. Promis juré, parole d’initiée !

L’art de bien cultiver ses soft skills

  • Développez l’empathie

Connaître les chiffres, c’est bien. Comprendre l’entreprise, c’est encore mieux. «On ne peut pas siéger au conseil d’administration d’une boîte qu’on méprise», avertit Muriel Pénicaud. Traduction : ne vous contentez pas d’être un as technique. Plongez dans l’ADN de l’entreprise, comprenez ses valeurs, ses défis et ses objectifs. Quand elle a rejoint le board d’Orange après la crise sociale qui avait secoué l’ex-France Télécom, Muriel Pénicaud n’a pas perdu de temps : elle a rencontré les dirigeants un par un pour «les passer au grill». L’objectif : comprendre comment l’opérateur en était arrivé là. «Il faut beaucoup écouter, rencontrer les gens. Quelque chose dans l’entreprise doit vous attirer et faire sens pour vous.» Une connexion sincère donnera du sens à votre mission… et décuplera votre engagement.

  • Ciblez vos sujets de prédilection

Rassurez-vous, vous n’avez pas besoin de tout savoir. Mais mieux vaut poser les bonnes questions. Lorsque vous êtes en réunion, ne cherchez surtout pas à être omniscient : concentrez-vous sur les sujets où votre regard peut faire mouche. Exemple ? A la SNCF, Muriel Pénicaud a mis le cap sur le fret et la logistique, des terrains où son expertise apportait de la valeur. «Si vous prenez la parole sur un sujet une fois, deux fois, trois fois, vous serez identifié alors comme une personne clé sur cette thématique.» Vous avez compris l’idée : une prise de parole ciblée vaut mieux qu’un bavardage général.

  • Affirmez votre posture

Donc si cela peut parfois être difficile, pas question de jouer les timides. S’il est tout à fait normal d’avoir des doutes, ne les affichez pas lors de vos réunions professionnelles. C’est un peu la politique du «Fake it until you make it» - fais semblant jusqu'à ce que ça marche ! Mais attention, avoir de l’assurance ne signifie pas pour autant écraser les autres, mais plutôt poser ses idées avec fermeté. «On peut être frontal avec le sourire, résume la représentante permanente de la France auprès de l'OCDE. Par conséquent, n’hésitez pas à recentrer la discussion sur des sujets que vous considérez plus urgent, en disant par exemple «Je suis préoccupée par ce sujet, cela semble important et mérite notre attention», illustre-t-elle. Mettez de côté votre ego et concentrez-vous sur le projet de l’entreprise.

  • Construisez des alliances au bureau

Mais difficile de faire bouger les lignes seul. D’où l’importance de nouer des «alliances», autant avec vos collègues que votre hiérarchie. Car «plus vous êtes en confiance avec le management, plus vous aurez de l’influence», assure Muriel Pénicaud. Alors, sortez du cadre strict des réunions. Les vraies connexions se créent souvent à la machine à café. Avant une réunion clé, proposez par exemple à un collègue d’intervenir ensemble sur un sujet important. Le conseil le plus efficace selon Muriel Pénicaud ? «Faire du one-to-one.» Un échange en tête-à-tête avec un collègue permet de lever les barrières, surtout avec les plus réservés. Et, bonus non négligeable, vous comprendrez mieux les dynamiques internes pour peser davantage dans les décisions.