L’initiative était inédite. Entre le 24 mars et le 5 mai dernier, la célèbre marque de poissons en conserves Petit Navire avait lancé l’initiative «Faites le test» afin de permettre à ses clients de faire analyser la teneur en mercure de leur boîte de thon par un laboratoire indépendant en échange d’un remboursement. Impulsée dans une logique de transparence, cette opération fait suite à une enquête de l’association BLOOM et de l’ONG Foodwatch, qui, en 2024, avaient alerté sur la forte présence de mercure dans ces boîtes. Cette substance, considérée comme parmi les plus nocives selon l’OMS, est également classée comme «cancérogène possible» par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC).

Alors que les deux organisations avaient fait procéder à l’analyse de 148 boîtes de conserve dans cinq pays européens, dont la France, les résultats, eux, étaient alarmants. En effet, 100% des boîtes examinées étaient contaminées au mercure et 57% d’entre elles en contenaient plus de 0,3 mg/kg.

Une exposition systématique au mercure

Lors de ce test inédit ouvert à tous, l’association UFC-Que Choisir s’est elle aussi prêtée au jeu en achetant deux boîtes de conserve afin de les envoyer pour analyse, rapporte RMC Conso. L’une était une boite de thon albacore, l’autre de thon germon. Les résultats, eux, ne se sont pas fait attendre. Du mercure était bel et bien présent dans les deux boîtes à hauteur de 0,27 mg/kg pour la première et de 0,45 mg/kg pour la seconde, les rendant ainsi conformes à la réglementation pour être vendues.

Malgré tout, ces résultats restent à nuancer. Si le taux de mercure présent dans la première boîte se situe à un niveau tout juste inférieur à la réglementation la plus stricte fixée à 0,3 mg/kg pour les petites espèces de poissons (sardine, cabillaud, etc), la deuxième, bien que conforme, affiche un taux bien au-dessus de cette réglementation. La raison ? Le thon, qui est considéré parmi les gros prédateurs (rouget, requin, etc), bénéficie d’une réglementation moins stricte fixée à 1 mg/kg. Ainsi, l’association de consommateurs fait un constat clair : «il est impossible de conclure que manger du thon n’expose pas au mercure.»

Une concentration de mercure en hausse dans le thon en conserve

Mais ce n’est pas tout, puisque cette enquête de BLOOM et de Foodwatch révèle une autre incohérence. En effet, les seuils de mercure sont définis pour le thon frais. Or, pour le thon en conserve qui est cuit et déshydraté, ce processus de préparation augmente la concentration de mercure. Ainsi, une personne pesant 70 kg qui consommerait chaque semaine 100 grammes de thon ingérerait une dose de mercure bien supérieure à la dose tolérable de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).