Demander aux Français leur avis sur le budget 2026 du pays. C’est l’intention du chef du gouvernement. Dans un entretien au JDD paru samedi 3 mai, François Bayrou a évoqué la possibilité d’organiser un référendum pour faire adopter un «plan cohérent, avec des propositions claires, lisibles» visant à réduire les déficits et la dette publics. «C’est un plan d’ensemble que je veux soumettre, il demandera des efforts à tout le monde, et par l’ampleur qui doit être la sienne, il ne peut réussir si le peuple français ne le soutient pas», a précisé le Premier ministre.

Le gouvernement a prévu un effort de 40 milliards d’euros pour 2026 afin de ramener le déficit public à 4,6% du PIB (produit intérieur brut) puis sous la barre des 3% en 2029. Le gouvernement de François Bayrou a prévu de présenter les premières lignes du budget de l’année à venir avant le 14 juillet.

Le référendum, un outil à l’initiative du président de la République

En attendant, le chef du gouvernement laisse donc planer l’hypothèse d’un recours au référendum pour obtenir le soutien des Français à ce budget 2026 synonyme de cure d’amaigrissement. «Quand on réforme par les voies classiques, par le passage en force, que se passe-t-il ? Le pays entre en grève, les manifestations s’enchaînent», a défendu François Bayrou. Le référendum est prévu par l’article 11 de la Constitution. Il doit être organisé sur décision du président de la République à la demande du gouvernement ou du Parlement. Le Premier ministre en a bien conscience : «Le gouvernement propose, le président décide. Mais la question de l’adhésion des Français aux réformes est bien la question centrale», a-t-il indiqué. Interrogé par l’AFP, un proche d’Emmanuel Macron a commenté la proposition de François Bayrou : «Le premier ministre évoque un plan de réformes et d’économies, et il est difficile de dire quoi que ce soit tant que ce plan n’est pas présenté». Le président de la République reste donc à convaincre.

Le référendum a été utilisé pour la dernière fois en France en 2005. À l’époque, Jacques Chirac avait invité les Français à se prononcer sur le projet de Constitution européenne. Le référendum avait abouti à une victoire du «non». Sous la présidence d’Emmanuel Macron, l’idée de recourir à cet outil a refait surface à plusieurs reprises, notamment en 2020. Le gouvernement avait alors défendu l’idée de soumettre à référendum l'inscription de la lutte pour le climat, avant d’abandonner le projet.

Le budget, un texte au cœur de l’activité parlementaire

La Constitution encadre strictement le champ du référendum. Seuls certains sujets peuvent y être soumis. C’est le cas de «tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent». Sont aussi concernés les textes qui tendent à «autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions». La loi de finances pourrait entrer dans ce cadre mais elle est, en principe, au cœur de l’activité des parlementaires.

C’est d’ailleurs bien ce que reproche l’opposition à François Bayrou. Pour le député Eric Coquerel (LFI), président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, «l'exécutif ne peut pas contourner plus longtemps la représentation nationale». Olivier Faure, à la tête des socialistes, dénonce une idée «assez farfelue». À droite, Laurent Wauquiez, chef de file des députés Les Républicains, parle d’un «Premier ministre qui tergiverse, qui cherche juste à gagner du temps et qui ne décide pas».