L’étau se resserre autour de François Bayrou. «Tout le monde me menace», a-t-il lui-même reconnu ce dimanche 29 juin sur RTL. Le locataire de Matignon est vivement critiqué de toutes parts, notamment par la gauche de l’hémicycle. Ce mardi 1er juillet, une motion de censure était portée par les socialistes, lui reprochant de ne pas s'engager à déposer au Parlement un texte permettant de débattre de l'âge légal de départ à la retraite. Mais l'Assemblée nationale l'a repoussée dans la soirée sans surprise, ne recueillant que 189 voix sur les 289 nécessaires pour renverser le gouvernement.

Sans surprise parce que le Rassemblement national avait déjà annoncé qu'il ne la voterait pas et avait renvoyé une éventuelle censure aux débats budgétaires à l'automne, selon BFM TV. Toutefois, l'échec du conclave sur les retraites a rompu la trêve fragile qui existait depuis le début d’année avec les socialistes et cette motion de censure rejetée annonce une opposition renforcée à venir, surtout lors de l’examen du budget 2026.

«Ce gouvernement ne vivra pas très longtemps»

En octobre, François Bayrou devra encore une fois négocier avec le PS pour garantir l’adoption des projets de loi de finances de l’Etat et de la sécurité sociale. Mais cet accord semble compromis. «Nous n'aurons plus aucune indulgence», a averti le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, sur LCI ce dimanche, qui souhaite désormais «que François Bayrou ne soit plus Premier ministre et qu'il y ait un véritable changement». Pour le chef des socialistes, François Bayrou n’a pas tenu sa promesse en ne saisissant pas rapidement le Parlement après l’échec du conclave, pour qu’il se prononce sur l’âge de départ à 64 ans.

Privé du soutien du PS, le centriste s’est alors tourné vers le RN pour tenter de maintenir sa survie politique. Afin de négocier un accord avec le mouvement de Jordan Bardella, ou du moins une certaine indulgence, François Bayrou a proposé de repousser le débat sur la proportionnelle aux législatives - revendiquée depuis longtemps par Marine Le Pen - de septembre à la fin de l’année. Mais les cadres du RN rejettent toute idée de «deal» avec le Premier ministre. «On est tous d’accord pour se dire que ce gouvernement ne vivra pas très longtemps», a taclé Jordan Bardella ce samedi.

La droite prête à retirer son soutien ?

Par ailleurs, la droite, opposée à la proportionnelle, menace également de retirer son soutien, mettant le Premier ministre dans une position délicate. Malgré ces difficultés, François Bayrou pourrait tirer parti du report du débat sur la proportionnelle pour négocier avec certains élus de gauche favorables, et apaiser les tensions en envisageant des compromis sur le budget, notamment via une taxe sur les patrimoines les plus riches, la fameuse taxe Zucman, soutenue par les socialistes.

Enfin, la perspective d’une dissolution anticipée de l’Assemblée par Emmanuel Macron pourrait paradoxalement jouer en faveur de François Bayrou, en fragilisant le RN, privé de sa présidente Marine Le Pen, actuellement sous le coup d’une peine d’inéligibilité.