Les premières pistes sont dévoilées. Le gouvernement a annoncé un effort de 40 milliards d'euros au budget 2026, dimanche 13 avril. La ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a sa petite idée pour ramener, comme convenu, le déficit public à 4,6% du PIB dès l’année prochaine. Sur le plateau de TF1, mercredi 16 avril, la ministre a annoncé vouloir «supprimer» certaines niches fiscales, celles «inutiles».

Sur les 474 niches fiscales dénombrées - ces dérogations fiscales qui permettent à certains contribuables de baisser leurs impôts - «des dizaines» ne bénéficient qu'«à moins de 100 contribuables», a regretté Amélie de Montchalin. La ministre souhaite donc regarder «ce qui n'est pas efficace» ou «ce qui ne bénéficie qu’à certains», afin, ensuite, de réduire la voilure. «Notre boussole est qu’on n’augmente pas les impôts pour les Français», a-t-elle rappelé. «On préfère avoir des impôts plus bas pour tout le monde plutôt que des impôts élevés avec certains qui eux, ont de très fortes réductions d'impôts», a poursuivi la ministre, selon qui «si on supprime beaucoup de niches, on fera des baisses d'impôts pour tout le monde».

Amélie de Montchalin table sur une économie de «8 milliards et demi d’euros». «Il y a 85 milliards d'euros de niches fiscales», affirme la ministre des Comptes publics, qui souhaite une coupe de «10%». «Avec cela vous pouvez faire beaucoup de choses», a lancé la ministre, qui ne souhaite pas augmenter les impôts des classes moyennes et populaires. Toutefois, cette dernière n’a pas précisé la liste exacte des niches qui pourraient être supprimées. Elle a, en revanche, assuré qu’il ne s’agissait pas des «services à la personne qui bénéficient à beaucoup de familles, beaucoup de personnes âgées», ni de «la garde d’enfants». Un «travail spécifique» sur le sujet est en cours, «en particulier avec les parlementaires», a ensuite précisé Bercy.

Quelles sont les niches fiscales les plus coûteuses pour l'Etat ?

Les 474 niches fiscales existantes représentent une diminution des recettes fiscales de l’Etat estimée à 83,29 milliards d’euros en 2024, soit plus d’un quart des recettes fiscales nettes de l’Etat, indique la note d’analyse de l'exécution budgétaire dédiée aux dépenses fiscales, jointe au rapport sur l'exécution du budget 2024, publié mercredi 16 avril 2025 par la Cour des comptes.

Parmi les dispositifs les plus coûteux identifiés dans ce rapport figurent notamment :

  • Le crédit d’impôt en faveur de la recherche, qui reste la niche fiscale la plus onéreuse, avec un coût pour l’État de 7,8 milliards d’euros en 2024, contre 7,2 milliards en 2023.
  • Le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile atteint 6,7 milliards d’euros. Ce dispositif permet aux ménages de bénéficier de réductions d’impôts lorsqu’ils emploient une personne pour garder leurs enfants ou réaliser de petits travaux de jardinage, par exemple. En 2024, plus de 4,7 millions de foyers en ont profité.
  • L’abattement de 10% appliqué sur les pensions et retraites, représentant une dépense de 4,8 milliards d’euros en 2024.
  • Les exonérations sur les sommes versées au titre de la participation, de l’intéressement ou de l’abondement, qui constituent également une charge importante pour les finances publiques, avec un coût de 2,75 milliards d’euros en 2024.
  • Le taux réduit de TVA à 10% appliqué aux travaux d’amélioration, de transformation, d’aménagement et d'entretien (hors rénovation énergétique) pour un montant total de 2,17 milliards d’euros en 2024.

A elles seules, les 15 principales niches fiscales concentrent 50,3% des dépenses fiscales de l’Etat, soit 41,9 milliards d’euros. Les niches fiscales qui concernent le plus grand nombre de bénéficiaires sont l’exonération des revenus provenant de l’épargne salariale, dont plus de 12 millions de ménages ont pu bénéficier en 2024, et l'abattement de 10% sur le montant des pensions et des retraites, qui totalise près de 15 millions de bénéficiaires. A l’inverse, 33 niches fiscales comptent moins de 100 bénéficiaires, dont six avec même moins de 10, selon le rapport de la Cour des comptes sur les résultats et la gestion budgétaire de l’Etat pour l'exercice 2024.

La Cour des comptes précise également que le nombre total de bénéficiaires n’est connu que pour 58% des niches fiscales. Elle observe que 16 niches fiscales «procurent un gain inférieur à 100 euros par ménage alors qu’elles présentent un coût pour la collectivité de 2,2 milliards d’euros» et ajoute que «de nombreuses autres dépenses fiscales présentent également des gains individuels limités», étant donné que le coût et le nombre de bénéficiaires de chaque niche fiscale ne sont connus que pour 44% du total. Cela explique pourquoi elle recommande notamment de rationaliser les niches fiscales et de se pencher notamment sur celles ne «comptant que peu de bénéficiaires, ayant un coût très faible ou nul ou un gain par usager très faible».