Le président aura-t-il entendu les cris d’alerte ? Ce mardi 13 mai, Emmanuel Macron va répondre aux questions des Français lors d’une émission spéciale sur TF1, de 20h10 à 22h40. Au programme : des interrogations sur la fin de vie, l’insécurité, l’environnement mais aussi le social puisque le chef d’Etat croisera le fer avec la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. Le face à face se déroule dans une période très agitée dans les usines françaises. Depuis quelques mois, les annonces de plans sociaux se multiplient dans l’industrie, se traduisant par des milliers d’emplois supprimés.

Sophie Binet pourra dégainer les chiffres inquiétants de la CGT. Fin décembre 2024, le syndicat dénombrait 300 plans de licenciements menés depuis septembre 2023, avec 300 000 emplois menacés en France. L’automobile a payé un lourd tribut, avec la fermeture de deux usines françaises chez Michelin. Même un géant du luxe comme LVMH s’apprête à supprimer 1200 postes dans sa filiale vins et spiritueux, une activité menacée par les droits de douane de Donald Trump aux Etats-Unis. La métallurgie ne va pas mieux : le fleuron européen ArcelorMittal pourrait supprimer plus de 600 emplois en France.

Quand le patron d’Airbus accuse l’Etat de le rendre malade…

Sur le plateau de TF1, aucun chef d’entreprise n’a été annoncé… Le climat est plutôt glacial entre le gouvernement et les capitaines d’industrie qui multiplient les reproches à l’égard des pouvoirs publics. Même s’il est à la tête d’une entreprise en bonne santé, le patron d’Airbus, Guillaume Faury, incarne bien ce sentiment (ou plutôt ressentiment) général. «Quand on a une poule aux œufs d’or, on ne la rend pas malade», a taclé le dirigeant, selon des propos rapportés par L’Usine Nouvelle. Dans la liste des reproches des dirigeants : le poids des taxes, de la fiscalité et des réglementations, qui saperait la compétitivité des fleurons tricolores.

Emmanuel Macron devra répondre à ces inquiétudes avec les mains ligotées. En effet, ses marges de manœuvre sont réduites alors que le gouvernement cherche 40 milliards d’euros d’économies dans le budget 2026 pour réduire le déficit public. Par ailleurs, les griefs des industriels s’adressent parfois davantage à l’Union européenne qu’à l’Etat français. Ainsi, de façon rarissime, les patrons de Renault et Stellantis se sont retrouvés, pour réclamer l’assouplissement des normes européennes anti-CO2, dans les colonnes du Figaro.

Des solutions neutres budgétairement pour Emmanuel Macron

Quels seraient les moyens d’action pour Emmanuel Macron ? Un chantier mentionné par le président de Michelin, Florent Menegaux, dans nos colonnes : alléger le coût du travail pour les entreprises. «Pour 100 euros brut versés (à un salarié) en France, le coût moyen pour l'entreprise est de 142 euros. Le salarié lui va toucher 77,5 euros (net)», se désolait le dirigeant lors d’une audition à l’Assemblée nationale, en janvier. «C’est lié au financement de la protection sociale en France, qui bénéficie à tout le monde mais qui est surtout financé par les employés et les employeurs», analyse Arnaud Aymé, expert des questions industrielles au cabinet Sia Partners. Une solution serait de faire payer plus les retraités. Un sujet hautement risqué d’un point de vue électoral étant donné le poids des seniors dans les urnes…

«Il y a beaucoup de leviers neutres d’un point de vue budgétaire», rebondit Arnaud Aymé. Notamment sur la simplification des normes. «Au lieu de simplement transposer les directives européennes, la France ajoute une couche supplémentaire de réglementations», observe Arnaud Aymé. Un sujet de frustration pour les industriels. Autre piste de travail : la formation aux métiers industriels. «Il y a un chômage important et en même temps il y a des métiers en tension dans l’industrie. Il y a un problème de mobilité des travailleurs pour qu’ils puissent transiter vers des métiers ou des régions où il y a des besoins», pointe Arnaud Aymé.

Dernier thème qui revient souvent chez les pépites industrielles tricolores : assurer la préférence européenne dans les commandes publiques. Par exemple, alors que l’Etat souhaite muscler la filière de la défense, plusieurs PME s’étonnent de voir les armées françaises se tourner parfois vers des fournisseurs étrangers... «S’il y a une préférence européenne sur les achats publics, les administrations n’en souffriront pas forcément car le marché européen reste vaste. Cela permet d’assurer des mises en concurrence assez fortes», plaide Arnaud Aymé. Autant de pistes qui pourraient donner du grain à moudre au président Emmanuel Macron, qui cherche à finir en beauté son quinquennat.