C’est sans doute une crise à laquelle elle ne s’attendait pas. Si les Etats-Unis et Israël ont visé l’Iran il y a deux semaines, les victimes collatérales sont nombreuses, à commencer par les Emirats arabes Unis. Trafic aérien très perturbé, activité économique mise à mal, Dubaï, moteur du pays, est ébranlée. Et peut-être plus particulièrement son image de havre de paix financier, explique BFM. Pourquoi ? Car depuis quelques jours, de nombreux investisseurs, inquiets de la situation, cherchent à quitter ce qui était jusqu’alors un eldorado, parfois surnommé «la Suisse du Moyen-Orient».

De nombreux cabinets d’avocats seraient en effet contactés par leurs clients qui souhaitent déplacer leurs actifs vers des places plus sûres. C’est le cas par exemple du directeur du cabinet d'avocats singapourien Bayfront Law, Ryan Lin, interrogé par le Wall Street Journal, contacté par des clients qui veulent «partir maintenant» et qui souhaitent «transférer une partie de leurs actifs de Dubaï, vers Singapour». Connectée à Londres ou à Singapour, cette place forte qu’est devenue Dubaï, vacillerait-elle ? Elle a toujours de nombreux atouts comme la réglementation favorable aux entreprises ou la fiscalité allégée.

9 800 millionnaires à Dubaï rien qu’en 2025

Toutefois, comme l’analyse le directeur de Bayfront Law, «personne ne placera sa fortune en se berçant de l’illusion qu’il n’y a pas de tensions géopolitiques». Véritable refuge financier, rappelle BFM, Dubaï a attiré 9 800 millionnaires en 2025, un record, qui ont à eux seuls transféré 60 milliards de dollars vers les Emirats arabes unis. Surtout, la ville accueille plus de 90% d’expatriés. Infrastructures futuristes, démesurées et véritable temple du luxe (hôtels, restaurants, etc.), Dubaï s’était façonné une image de marque. Mais la guerre au Moyen-Orient rebat les cartes.

Dubaï était jusqu’à présent «un lieu sûr pour les investissements internationaux», résume auprès de nos confrères, Nabil Milali, gestionnaire d'actifs chez Edmond de Rothschild Asset Management. Mais les drones et les missiles affluent sur Dubaï, plus de 1 800 ont déjà été tirés sur le pays selon les autorités, or comme le pays s’était présenté comme inattaquable, le choc est d’autant plus rude. Certaines entreprises comme Google ou KPMG ont même décidé de rapatrier des dizaines de salariés, quand des banques ont demandé à leurs salariés de télétravailler.

Les autorités veulent rassurer

Les autorités vont-elles pouvoir stopper l’hémorragie ? Elles s’efforcent de rassurer depuis quelques jours, prennent des mesures aussi pour éviter de dresser une image trop sombre du pays et de l’impact de la guerre, en témoignent les consignes données aux influenceurs ou l’interdiction de diffuser des images sur les réseaux sociaux. Mais le positionnement des Emirats à quelques kilomètres de l’Iran est désormais dans toutes les têtes, et «même si le conflit se termine rapidement, une chose a changé», décrypte Bernard Hudson, ancien responsable de la lutte antiterroriste à la CIA, évoquant des «lignes rouges franchies vis-à-vis des Emiratis». Autant de menaces sur de nombreux pans de l’économie émiratie, que ce soit l’immobilier ou le tourisme. Les pertes potentielles dans ce domaine sont prévues cette année autour de 56 milliards de dollars.