Le SCAF verra-t-il le jour ? La question se pose alors que les dissensions sont de plus en plus grandes entre la France et l’Allemagne. Ce Système de combat aérien du futur prévoyait à l’origine un ensemble de systèmes d’armes aériens interconnectés impliquant la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Belgique. Emmanuel Macron l’a rappelé le 10 février : le SCAF est «un bon projet» et il a tancé «les industriels (qui) essaient de faire de la dissynergie». Mais l’Allemagne a remis en cause une nouvelle fois le projet.

«Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d’avions de combat, d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande», a réagi le chancelier allemand Friedrich Merz dans le podcast allemand Machtwechsel Il. Des tensions qui commencent à agacer le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères. Interrogé sur France Inter dimanche 22 février, Jean-Noël Barrot a assuré qu’il s’agissait d’un «projet essentiel pour la sécurité de la France, de l’Allemagne et de l’Europe».

Jean-Noël Barrot somme les industriels de s’entendre

Et la France n’est pas près d’abandonner, a-t-il laissé entendre. «Ça fait huit ans qu’on y travaille et on se battra pour qu’il aboutisse jusqu’à la dernière seconde», a martelé le ministre. Mais la France n’est-elle pas le dernier pays à y croire ? Jean-Noël Barrot a rappelé quelques éléments historiques : «Quand mon lointain prédécesseur, Robert Schuman, était le seul à nager à contre-courant en 1950, après la Seconde Guerre mondiale, où on entendait le ressentiment monter partout à Paris et en Allemagne, il a proposé et réussi à faire aboutir un projet de coopération qui a apporté huit décennies de paix et prospérité à l’Europe.»

Pour le ministre français, il est urgent d’agir et de maintenir ce projet. «Si la France renonce à créer avec l’Allemagne des projets de coopération qui nous engagent pour des décennies, nous trahissons l’héritage des pères fondateurs», a-t-il mis en garde. «Il faut que les industriels fassent un pas chacun dans la direction l’un de l’autre et que nos responsables politiques voient qu’il ne s’agit pas là d’un projet d’équipement militaire, mais d’un projet politique comme la CECA», a-t-il ajouté.

Pour lui, le SCAF doit permettre de «lier nos destins les uns aux autres, et être plus fort pour affronter les défis et pour être plus indépendants». Le problème actuel réside aussi dans le fait que la France souhaiterait seulement un avion, a rappelé Friedrich Merz. Mais si le problème n’est pas résolu, «nous ne pourrons pas poursuivre le projet», a ajouté le chancelier allemand. A tel point que l’Allemagne penserait déjà à acheter des F-35 américains. Si une commande de 35 appareils serait dans les tuyaux, aucune confirmation n’a été effectuée.