Malgré les désaccords persistants entre industriels français et allemands, Emmanuel Macron se veut confiant sur l’avenir du Système de combat aérien du futur (SCAF). Dans un entretien accordé ce mardi 10 février à plusieurs médias européens, dont Le Monde, le président de la République a réaffirmé son soutien à ce programme stratégique de défense européenne, lancé en 2017.

«C'est un bon projet et je n'ai eu aucune expression allemande pour me dire que ce n'est pas un bon projet. Quand les industriels essaient de faire de la dissynergie, c'est une chose, mais ce n'est pas à nous de la cautionner», a-t-il déclaré, assurant vouloir en reparler prochainement avec le chancelier allemand Friedrich Merz. Le chef de l’Etat a également mis en garde contre les conséquences d’un éventuel abandon du programme par Berlin. «Et de la même manière sur le char de combat, d'ailleurs. Parce que vous imaginez, si d'aventure, le partenaire allemand remettait en cause l'avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun», a-t-il averti.

Dassault Aviation au cœur des crispations

Projet emblématique de la coopération militaire franco-allemande, le SCAF doit permettre de remplacer à l’horizon 2040 les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols. Il s’inscrit dans un contexte de réarmement européen renforcé, notamment face aux tensions avec la Russie. Mais le programme est fragilisé par des rivalités industrielles, en particulier autour de la maîtrise d’œuvre du NGF (Next Generation Fighter), le futur avion de combat.

Ces tensions ne concernent pas l’ensemble du SCAF, qui comprend aussi le développement d’un «cloud de combat», destiné à mutualiser les données issues des avions, drones et autres systèmes. Désigné maître d’œuvre du pilier «avion», Dassault Aviation réclame davantage d’autonomie dans la conception, une position qui suscite des réticences en Allemagne et en Espagne, ce dernier ayant rejoint le programme en 2019. Ces désaccords nourrissent même, outre-Rhin, des débats sur un possible rapprochement avec le projet concurrent GCAP, mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.

Face à ces incertitudes, Emmanuel Macron a relativisé, évoquant un précédent industriel. «Ce que je vis là, sur le SCAF, je l'ai vécu sur Ariane-6. J'entendais, toutes les semaines, les Allemands ne vont pas mettre l'argent, c'est fini, catastrophe. On l'a fait», a-t-il rappelé.