
Le projet européen d’avion SCAF a du plomb dans l’aile. Si une once d’espoir avait revu le jour mi-mars, avec une «mission de rapprochement» annoncée par Paris et Berlin dans le but de trouver «des voies de convergence», Dassault Aviation vient une nouvelle fois laisser planer le doute quant à la faisabilité du projet. Le 5 mars, Eric Trappier avait déjà alerté : «Airbus ne veut plus travailler avec Dassault». Il ajoutait que si Airbus maintenait cette posture, «le projet (serait) mort».
Le 1er avril, le PDG de Dassault Aviation a plaidé pour davantage d’autonomie dans le dossier, rappelant qu’il n’était pas «un homme de cogestion». Interrogé dans le cadre du forum Guerres et paix organisé par le magazine Le Point, Eric Trappier a réaffirmé sa volonté de voir la France mener le projet, alors qu’Airbus agit pour le compte de l'Allemagne et de l'Espagne. «Je ne suis pas pour qu'un projet industriel ambitieux qui va servir à nos armées soit cogéré. Il faut un chef», a-t-il lâché.
Deux à trois semaines de délai
Toutefois, la possibilité d’un accord n’est pas définitivement enterrée, souligne BFM. «On se donne encore un petit peu de temps, deux-trois semaines pour essayer de trouver un accord entre Français et Allemands, entre Dassault et Airbus, pour trouver un équilibre qui permettrait de continuer le projet», a laissé entendre le patron du constructeur aéronautique français.
L’opposition est toujours vive entre Airbus et Dassault, l’avionneur européen plébiscitant son Eurofighter, quand Dassault veut protéger le savoir-faire de son Rafale. «Rafale, on l'a fait tout seul, on sait faire tout seul et Eurofighter, ils l'ont fait à quatre», a rappelé fermement Eric Trappier, faisant part des conditions-clé à respecter : «On va faire un avion qui succédera au Rafale, il faut qu'il conduise des missions et qu'il aille sur un porte-avions (...) Ce sont des conditions majeures.»
D’autant que sur les quatre pays qui ont contribué à l’Eurofighter, à savoir l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni, «trois ont acheté des F-35 américains», a-t-il tancé, tout en se demandant s’ils avaient «contribué à l'Europe de la défense». Le 27 avril, le chancelier allemand Friedrich Merz a répété son envie de voir le projet aller au bout, mais il a aussi admis avoir failli l’abandonner. Evalué à 100 milliards d’euros, il est très critiqué. L’ex-patron d’Airbus a, par exemple, jugé l’alliance franco-allemande comme «une erreur stratégique».




















