L’annonce a fait l’effet d’une bombe. À l’occasion d’une conférence de presse, vendredi 27 février, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé l’application de façon temporaire de l’accord commercial avec le Mercosur. Une chose est sûre, Emmanuel Macron n’a pas tardé à réagir à cette annonce surprise en déplorant cette décision. «La Commission européenne a fait le choix unilatéral d’appliquer provisoirement l’accord avec le Mercosur, alors même que le Parlement européen ne l’a pas voté», a expliqué le président de la République qui a par ailleurs indiqué qu’Ursula von der Leyen assume «une très lourde responsabilité», rapporte BFMTV.

Il faut dire que les débats autour de cet accord, qui prévoit de supprimer 90 % des droits de douane entre le Mercosur et l’Union européenne, avaient suscité une importante levée de boucliers de la part des agriculteurs français qui avaient déploré à la fois une concurrence déloyale et le non-respect des normes sanitaires et environnementales. «C’est une grande responsabilité vis-à-vis des agriculteurs qui ont exprimé leurs inquiétudes» et «une grande responsabilité vis-à-vis des citoyens européens et de leurs représentants qui n’ont pas été dûment respectés», a fustigé Emmanuel Macron après l’annonce de la présidente de la Commission européenne.

La France restera «vigilante»

Alors que les débats faisaient rage entre plusieurs pays de l’Union européenne autour de cet accord, la France, elle, avait fait le choix de voter contre. Exprimant leur inquiétude, les eurodéputés avaient d’ailleurs fait le choix de saisir la Cour de justice de l’UE afin de vérifier si le texte était ou non conforme aux traités européens. Si, initialement, cette saisine doit suspendre durant un an et demi le processus de ratification de l’accord, la Commission européenne garde toutefois la possibilité d’appliquer l’accord de façon temporaire. Un droit qu’Ursula von der Leyen a finalement décidé d’user.

Promettant de rester vigilant et de faire en sorte que ce qui avait été «durement négocié» lors des derniers mois serait respecté, notamment les règles pour encadrer les échanges agricoles avec le Mercosur, Emmanuel Macron a tenu à faire savoir que «nous serons intraitables sur le respect de ces règles». Puis de préciser : «Je ne défendrai jamais un accord qui est laxiste à l’égard de ce qu’on importe et dur à l’égard de ce qu’on produit chez nous».

L’Allemagne et l’Espagne à contre-courant de la France

À l’inverse de la France, l’Allemagne et l’Espagne ont, de leur côté, salué la décision prise par la présidente de la Commission européenne. Ainsi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a estimé que cette application provisoire de l’accord apportera prospérité et croissance. Quant au gouvernement espagnol, ce dernier a dit soutenir la décision de la Commission européenne. «Dans un monde toujours plus incertain, l'Europe ne peut pas se permettre de rester à la traîne. L'accord avec le Mercosur est un grand pas dans la feuille de route de l'UE pour devenir plus autonome et plus résiliente», a fait savoir dans une déclaration le ministre espagnol de l’Économie, Carlos Cuerpo.