
Les ETF (Exchange Traded Funds, ou trackers) ont conquis les investisseurs particuliers comme professionnels. Faciles d’accès, peu coûteux, immédiatement exposés à une tendance ou à une géographie, «ils semblent être devenus la réponse unique à toutes les questions d’investissement», relève Bertrand Lamielle, directeur général de Portzamparc Gestion (Portzamparc, BNP Paribas Group), sollicité par Capital.
Mieux encore : ils permettent d’embarquer rapidement sur un secteur ou une zone géographique en train de redémarrer – la défense, l’Europe… – «sans avoir à trancher tout de suite entre Thales, Rheinmetall en Allemagne ou Leonardo en Italie, entre le DAX ou l’Eurostoxx. Ils laissent du temps pour affiner son stock picking (la sélection d’actions en Bourse au cas par cas, valeur par valeur, NDLR) tout en profitant de l’élan», fait valoir l’expert, qui ajoute que les ETF offrent également «une porte d’entrée simple à l’investissement international» via le plan d’épargne en actions (PEA). Nasdaq, Dow Jones, Russell 2000… : autant d’indices actions américains désormais accessibles via des trackers éligibles, permettant de diversifier son portefeuille tout en conservant un cadre fiscal avantageux.
TTF, financement de l’économie réelle… Les distortions sur les ETF
Mais derrière cette accessibilité se cache une réalité plus contrastée. D’abord, les ETF ne financent pas l’économie réelle. «Contrairement à la gestion active, ils ne participent pas aux introductions en Bourse (IPO), maillon pourtant essentiel du financement des entreprises. A une époque où les IPO se font rares, cette absence est d’autant plus problématique», déplore Bertrand Lamielle. Elle illustre un déséquilibre croissant : les gérants passifs captent des flux importants sans contribuer à la dynamique entrepreneuriale.
Autre distorsion : la taxe sur les transactions financières (TTF), qui s’applique aux titres vifs de grandes capitalisations mais épargne les ETF. Résultat : «On pénalise les investisseurs actifs, tout en favorisant les grands émetteurs d’ETF, principalement américains. En matière de souveraineté économique, le signal est pauvre. Amundi-Lyxor, qui pointe au 8ème rang mondial, reste cinq fois plus petit que le leader BlackRock», relève l’expert.
Les ETF sont un outil de placement dont il faut savoir se servir pour investir à bon escient
Enfin, il serait illusoire de croire que les ETF suffisent à bâtir un portefeuille robuste en Bourse. «Les frais réduits des ETF (environ 0,3% par an contre 1 à 1,5% pour un fonds actif) ne doivent pas masquer la réalité : ils restent plus coûteux que les titres vifs (la détention d’actions en direct, NDLR)», souligne Bertrand Lamielle. Et la performance des ETF dépend largement de la constance de l’investisseur. En effet, «derrière un tracker Nasdaq, aussi prometteur soit-il, il y a une volatilité qui peut mettre à l’épreuve la discipline de chacun. Passer du Nasdaq à l’Europe, puis à la Chine, c’est le risque du papillonnage, souvent destructeur de performance en Bourse», juge l’expert.
Les ETF ne sont ni une panacée ni une menace. Les ETF sont un outil de placement. «Encore faut-il savoir s’en servir. En fin de compte, ce n’est pas tant le débat entre gestion active et passive qui compte, mais la capacité à construire une stratégie d’investissement cohérente, mixant ETF, fonds et titres vifs, tout en gardant le cap», souligne Bertrand Lamielle, pour qui c’est là que réside la vraie intelligence d’un portefeuille et la liberté de l’investisseur.
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