
Le projet européen d’avion de combat est-il mort-né ? Lancé conjointement en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le SCAF fait face à d’importantes oppositions depuis plusieurs mois, Airbus et Dassault Aviation ne parvenant plus à s’entendre. Début mars encore, le PDG de Dassault, Eric Trappier, assurait qu’«Airbus ne veut plus travailler avec Dassault», d’autant que quelques semaines plus tôt, son homologue d’Airbus, Guillaume Faury, ouvrait la voie à deux avions de combat «si les Etats l'exigent». L’ex-patron d’Airbus, Tom Enders, a même critiqué l’alliance franco-allemande, la qualifiant d’«erreur stratégique».
Les parties sont-elles donc irréconciliables ? On le croyait, d’autant que mi-février, le chancelier allemand, Friedrich Merz, avait remis en cause la participation de son pays au SCAF et des informations indiquaient que Berlin pourrait finalement acheter des F-35 américains pour renforcer son armée. Mais les choses auraient changé ces derniers jours, rapporte Le Monde. Interrogé lors du sommet européen à Bruxelles, Emmanuel Macron a indiqué que Paris et Berlin allaient «lancer ensemble une mission de rapprochement d’Airbus et de Dassault dans les semaines qui viennent (…) pour trouver justement les voies de convergence».
Décision attendue avant mi-avril
Un projet auquel le chef de l’Etat croit encore «beaucoup» et qui serait «pertinent» par les armées française et allemande. Point d’orgue de cette décision : un dîner organisé mercredi 18 mars entre le chancelier allemand et le président français. Ce dernier a réitéré la crédibilité du projet, y compris pour les industriels aussi, mais «ils n’arrivent pas à s’entendre», a-t-il regretté, et d’ajouter : «Notre travail, c’est de faire en sorte qu’ils s’entendent» sur ce «cap» qui est «clair» et «fait consensus entre toutes les parties prenantes.»
Toutefois, cette mission ressemble à une tentative de la dernière chance, d’autant que le timing est très serré, a reconnu un responsable allemand. «L’Allemagne et la France ont convenu d’une dernière tentative de médiation entre les industriels, qui sera menée par des experts», a-t-il indiqué, mentionnant la mi-avril comme dernier délai «en raison des décisions à venir concernant le budget fédéral» en Allemagne. Reste à convaincre Dassault (pour la France) et Airbus (pour l’Allemagne et l’Espagne).
Un projet à 100 milliards d’euros
Car deux visions s’opposent, l’avionneur européen défendant son Eurofighter, tandis que Dassault, avec son savoir-faire du Rafale, estime être le maître d’œuvre du projet et détenteur de tous les savoir-faire nécessaires pour concevoir un avion de combat. Et si le Rafale se porte mieux à l’export, Dassault Aviation ne veut pas non plus partager sa propriété intellectuelle avec d’autres partenaires. Estimé à près de 100 milliards d’euros, ce projet doit normalement être composé d’une flotte connectée numériquement de chasseurs et de drones de combat.




















