Les banques prêtent moins, profitons-en ! Cela fait presque 30 ans que les banques prêtent moins aux entreprises. Les contraintes réglementaires imposées après la crise financière de 2008 ont renchéri le coût de leur offre de crédit et renforcé les contraintes imposées aux entreprises emprunteuses. Simultanément, la hausse rapide des taux en 2022, fatale à plusieurs banques, a provoqué une forte volatilité sur le marché des dettes cotées (les obligations, NDLR), source traditionnelle de financement d’entreprise. Le crédit bancaire est plus cher, moins abondant, tandis que la dette cotée est volatile.

Vers quel financement peut se tourner l’entreprise ? Elle peut se financer via les marchés d’actions côtées. Mais cela veut dire un fardeau réglementaire supplémentaire et la dépendance au court-termisme d’actionnaires publics, sans parler de la dilution du capital qui peut mener à la perte de contrôle de l’entreprise. Les capitaux privés comblent désormais ce vide : le private equity mais aussi la dette privée qui se développe aujourd’hui comme une source crédible de financement alternative.

Dette privée : rendement élevé pour l’investisseur patient et financement flexible pour l’entreprise

La dette privée se positionne comme un juste milieu, offrant financement, flexibilité et accompagnement sans dilution du contrôle – un modèle que de nombreux dirigeants commencent à adopter. D’abord concentrée sur les entreprises de taille intermédiaire, elle est utilisée par les grands groupes, en remplaçant progressivement les prêts syndiqués bancaires. La demande progresse d’environ 10% par an depuis une décennie, suivant le rythme du private equity. D’après Bloomberg Intelligence, le marché mondial de la dette privée pourrait atteindre 3 000 milliards de dollars d’ici dix ans, soit environ 10% du marché obligataire mondial, estimé à 37 000 milliards de dollars.

L’investisseur en dette privée profite aujourd’hui des rendements de l’ordre de 8 à 10%, à condition d’accepter de maintenir son prêt plusieurs années et un éventuel risque de défaut de l’entreprise. L’entreprise trouve de son côté un financement flexible, rapide et parfaitement calibré sur son modèle d'affaires, la rendant moins dépendante des banques moins réactives et plus contraignantes. Paradoxalement, les prêts privés peuvent contenir des clauses protectrices plus strictes que celles des dettes émises sur les marchés publics ou les prêts syndiqués entre établissements bancaires.

Pour autant, prêter à une entreprise ne s’invente pas. L’opération doit être confiée à un professionnel de la gestion d’actifs qui contracte et rassemble les créances dans un même fonds de placement bien diversifié, par secteur et par zone géographique. Les contrats de prêts doivent être structurés avec soin, les garanties bien évaluées, et les spécificités sectorielles des entreprises emprunteuses bien comprises. Le gérant des prêts peut inclure des restrictions contractuelles à l’entreprise emprunteuse telles que des limites de levier, de couverture des intérêts ou de ratio de charges fixes. En cas de non-respect, le prêteur peut intervenir pour protéger son investissement.

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«Le particulier préférera les fonds de dette senior»

Prêter directement à de petites entreprises nécessite une due diligence approfondie et des équipes locales ayant la bonne expertise mais les rendements obtenus compensent largement ce travail. Très rentables mais très risqués, les fonds peuvent investir dans des prêts de croissance « Venture Debt » destinés à des entreprises en forte croissance, souvent déficitaires ou des dettes « distressed » d’entreprises en difficulté.

Pour investisseurs très avertis, bien sûr ! Pour plus de tranquillité, le particulier préférera les fonds de dette senior, garantie par des flux de trésorerie stables et assortie de coupons à taux variable, qui le protègent contre d’éventuelles hausse des taux de marché. Ces prêts financent la croissance, les acquisitions ou le refinancement de l’entreprise, dans un contexte de fonctionnement normal. Comparée aux performances des marchés d’obligations traditionnels comme le «high yield» ou la dette d’Etat (dette publique), la dette privée senior offre un rendement élevé, en moyenne 10 % par an, sans risque additionnel excessif.

L’Europe, formidable gisement de dettes privées

Les PME sont le cœur battant de l’économie européenne. 23 millions de PME, représentant près des deux tiers des emplois et générant 3 400 milliards d’euros de valeur économique chaque année. Ces entreprises sont traditionnellement suivies par les acteurs du Private Equity. Aujourd’hui, avec des taux d’intérêt plus élevés, une inflation accrue, c’est désormais au crédit privé de briller. Le marché européen de la dette privée croît plus vite que son équivalent américain, 18% par an contre 14% depuis 10 ans. Il reste toutefois moins mature et moins saturé, ce qui se traduit par davantage d’opportunités pour l’investisseur. L’Europe abrite de nombreuses entreprises innovantes disposant de positions de niche solides.

Cependant, l’Europe n’est pas un marché homogène, mais un enchevêtrement complexe de législations nationales et régionales, de différences culturelles et de pratiques commerciales variées. 3 pays rassemblent la majorité du gisement. Le Royaume-Uni est le marché le plus vaste, le plus mature et représente un tiers des opérations européennes. C’est une juridiction favorable aux créanciers, offrant davantage de flexibilité dans la structuration des transactions et une sécurité juridique renforcée par un large corpus de jurisprudences en matière de restructuration et d’insolvabilité.

La France, longtemps dominée par un réseau dense de banques régionales s’ouvre rapidement au financement direct, tandis que le cadre juridique s’est amélioré en faveur des créanciers. Le processus de traitement des défauts d’entreprises a été rationalisé, facilitant la récupération d’actifs et la préservation du capital, tout en permettant aux sociétés de se redresser plus rapidement, notamment grâce à la procédure de sauvegarde accélérée récemment introduite. En Allemagne, la dette privée est désormais la solution privilégiée des emprunteurs. Il y a 10 ans, les banques dominaient encore le marché, mais en 2024, leur part est tombée à 43%, les fonds de dette représentant le reste. Le gisement européen de la dette privée quoique très vaste et placement très rentable est encore peu connu des investisseurs particuliers. C’est le moment de s’y initier !