
Les nombreux micros-trottoirs effectués ces dernières semaines par les journaux télévisés l’ont illustré : les automobilistes sont nombreux en ce moment à avoir l'impression d'être les dindons de la farce quand ils remplissent le réservoir de leurs véhicules. A chaque fois qu’une crise internationale impacte la production de pétrole, comme en ce moment avec la guerre au Moyen-Orient, le prix du carburant aurait une fâcheuse tendance : grimper très vite quand la tension militaire est à son comble et fait flamber les cours du pétrole sur les marchés internationaux mais baisser plus paresseusement lorsque le retour à la paix s’amorce. De quoi inquiéter les pouvoirs publics, le prix du carburant qui impacte la vie quotidienne de nombreux Français étant un sujet sensible.
Début avril, le Premier ministre mettait d’ailleurs la pression sur les raffineurs et les distributeurs pour les inciter à faire preuve d’autant de zèle à la baisse qu’ils en auraient eu à la hausse. Cette asymétrie est connue des experts sous le terme d’effet «fusée-plume». Les augmentations seraient accentuées par la crainte des acteurs du marché de voir leurs approvisionnements futurs coûter plus cher. A l’inverse, la prudence serait de mise chez ces mêmes professionnels en cas de baisse des cours du pétrole, le temps d’écouler les stocks achetés à un prix plus élevé, sans parler du poids de la fiscalité. Mais qu’en est-il réellement ? Le phénomène relève-t-il ou non de la légende urbaine ?
Des hausses de prix immédiates et des baisses... qui le sont moins
Interrogé sur la question, Grégory Caret, directeur de l’Observatoire de la consommation d’UFC-Que Choisir, a étudié dans le détail les data du marché. Le résultat publié sur le site de l’association est éclairant. «On observe des hausses dès le lendemain du 28 février, date de l’attaque américano-israélienne, relève cet expert. Le carburant vendu alors a forcément été raffiné avant. De plus, l’augmentation a été nette dès le début de la semaine suivante, notamment pour le diesel (+ 26 centimes par litre) et même plus rapide que celle du brent (+ 13 centimes) !»
A l’inverse, le repli du cours de l’or noir entre le 22 et le 24 mars n’apparaît aux pompes qu’avec sept jours de retard. Pour approfondir l’analyse, ce statisticien a ensuite étudié le lien entre le prix du brent d’une part et ceux du diesel et du sans-plomb 95 sur ces cinq dernières années, d’autre part. Conclusion : si l'utilisation des mots «fusée» et «plume» est un brin exagérée, il existe bien un décalage de vitesse entre les répercussions des hausses et celle des baisses du pétrole sur les prix des carburant. «Les premières sont plus rapides que les secondes et le phénomène s’accentue dans les périodes de fortes tensions sur les cours du brent, quand les fluctuations atteignent ou dépassent les 5 centimes d’euro par litre de pétrole», conclut Grégory Caret. Transmis à Bercy.
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