
Renault s’est transformé mais reste rangé en Bourse dans la catégorie “constructeur auto européen fatigué” alors que le business a clairement changé de régime. Avec un cours de Bourse autour de 29,50 euros fin mai 2026, la capitalisation boursière (valeur en Bourse) est d’environ 8,5 milliards d’euros pour près de 296 millions de titres. En face, un chiffre d’affaires 2025 de 57,9 milliards d’euros et un résultat opérationnel de 3,63 milliards, soit une marge de 6,3% malgré un environnement prix très agressif.
Le marché actions price donc Renault, «un industriel global avec 25 sites de production, des marques mondiales, une cash-machine financière (Mobilize) et une montée en gamme produit, comme une mid-cap (une valeur moyenne) cyclique banale», déplore James D. Touati (dit le Loup de Zurich), consultant, formateur, trader et président-fondateur de The Nest, sollicité par Capital.
Résultats 2025 de Renault : une grosse perte… mais uniquement comptable, pas cash
Sur 2025, les actions Renault se sont faites démonter sur un chiffre : -10,9 milliards d’euros de résultat net part du groupe (dont -9,3 milliards liés à Nissan). De quoi faire fuir l’investisseur en actions pressé. «Mais sous le capot, l’histoire est moins dramatique. La marge opérationnelle est ressortie à 6,3% vs 7,6% en 2024, soit un bénéfice opérationnel en baisse de 14,8%… mais dans une zone de rentabilité solide pour un généraliste», fait valoir le consultant.
Le Free cash-flow (flux de trésorerie disponible après investissements) auto de Renault est ressorti à 1,47 milliard d’euros en 2025, au-dessus d’un consensus des analystes financiers à 1,17 milliard. En clair : «la perte est surtout une histoire de retraitement d’actifs et de participations, pas un business qui s’écroule. L’industriel, lui, crache du cash, avec une marge qui reste au-dessus de 6% dans un marché en guerre de prix», apprécie James D. Touati.
Dividendes de Renault : les investisseurs en actions sont bien rémunérés, en attendant que le marché se réveille
Là où les actions Renault deviennent franchement intéressantes pour un investisseur value (un investisseur amateur d’actions bon marché et rémunératrices), c’est sur le cash retourné à l’actionnaire. Le dividende 2026 au titre de 2025 est de 2,20 euros par action. À 31-32 euros, on parle d’un rendement des dividendes de Renault de l’ordre de 7%. «On est donc sur un constructeur auto qui affiche une marge opérationnelle supérieure à 6%, génère plus de 1,4 milliard d’euros de free cash-flow auto et sert un dividende de rendement franchement élevé dans le contexte actuel du CAC 40, tout en maintenant un discours de prudence sur le cycle. Pour un investisseur à long terme, ça commence à ressembler à un dossier où on est rémunéré pour attendre que le marché se réveille», note le Loup de Zurich.
Côté stratégie, Renault ne se contente pas de survivre, mais déroule un plan à long terme très structuré : futuREady, la tech story que le marché refuse “d’acheter” pour l’instant. Les gros piliers de futuREady : «36 nouveaux modèles d’ici 2030, dont 22 en Europe, avec une montée en puissance de l’électrique. 100% des ventes Renault électrifiées en Europe d’ici 2030, 50% de ventes électrifiées hors d’Europe, avec un objectif de plus de 2 millions de véhicules vendus, la moitié hors Europe. Nouvelle plateforme RG EV Medium 2.0 : architecture 800V pour les segments C et D à partir de 2028, jusqu’à 750 km d’autonomie WLTP en full électrique (1 400 km avec range extender), cell-to-body, 20% de pièces en moins, gain d’efficience et baisse de coûts et moteur électrique de 3e génération, efficacité jusqu’à 93% sur autoroute, +25% de puissance versus génération actuelle (environ 275 ch)», note le financier. Le problème, ce n’est pas le plan, selon lui. Sur le papier, Renault coche toutes les cases : électrification, software, plateformes modulaires, montée en gamme. Le problème, c’est que le marché actions a décidé que la prime “tech” serait réservée à quelques élus, pas aux généralistes européens.
Renault a dévoilé des objectifs financiers prudents pour 2026… la sanction en Bourse a été immédiate
«Renault ne fait pas dans le marketing boursier façon start-up. La direction parle comme des industriels qui ont déjà vu plusieurs cycles», note le Loup de Zurich. Pour ce qui est de la guidance (les objectifs financiers du groupe) 2026 et de la trajectoire à moyen terme : la marge opérationnelle est attendue autour de 5,5% en 2026 (dans un environnement qualifié de “complexe”), l'objectif à moyen terme est celui d’une marge entre 5% et 7% et d’un free cash-flow auto d’au moins 1,5 milliard d’euros par an en moyenne. La croissance du chiffre d’affaires est attendue à 4 à 6% par an en moyenne, avec un rythme soutenu de lancements (10 modèles en 2024, 7 en 2025, 10 en 2026).
Résultat : le jour de la publication, le marché sanctionne les actions Renault sur “la prudence” de la guidance, parce que le consensus rêvait d’un prolongement linéaire des marges record de 2024. Traduction : «le management ne raconte pas de conte de fées, protège les marges et le cash, mais la sanction en Bourse tombe parce que le discours n’est pas assez bullish (haussier)», déplore le Loup de Zurich.
En Bourse, les actions Renault sont une valeur value cyclique à manier comme un actif risqué
Si on regarde Renault avec des yeux de trader / gérant habitué aux valeurs cycliques, le tableau est assez clair. Les points forts sont «un moteur opérationnel redevenu solide (marge >6% dans un environnement déjà agressif), un free cash-flow conséquent (avec un levier important via Mobilize Financial Services), un dividende de rendement attractif autour de 7% (soutenu par le cash-flow) et un plan stratégique cohérent, bien ancré dans la réalité de l’EV (Renault mise beaucoup sur la voiture électrique) et du software (logiciel)», indique le financier.
Les risques majeurs selon lui sont : une guerre des prix dans la voiture électrique (notamment côté constructeurs chinois, qui peut comprimer les marges plus vite que prévu), une sensibilité au cycle économique européen (si le consommateur coupe ses achats, on se prend le levier opérationnel de plein fouet) et un business lourd en investissements industriels, avec un environnement de taux qui reste sous surveillance.
Les actions Renault «ne sont pas une valeur pour touristes», résume James D. Touati. C’est un dossier de valeur cyclique value où on doit accepter la volatilité, travailler ses points d’entrée (niveaux d’achat), et surtout ne pas la confondre avec une pseudo tech stock (une valeur technologique) qui monte par storytelling.
Faut-il acheter les actions Renault, en Bourse ?
Selon le Loup de Zurich, des achats d'actions Renault peuvent être envisagées, avec des objectifs de cours à 34 à 38 euros. «Sans entrer dans du conseil personnalisé, les actions Renault sont un dossier à traiter en phases : accumulation sur stress macroéconomique ou déception de guidance (si Renault dévoile des comptes plus mauvais que ce que prévoyait la direction), allègement partiel sur retour vers les objectifs de cours des courtiers et resserrement des spreads de valorisation», préconise l’expert.
Sur le long terme, le gros rendement en Bourse du dividende de Renault et la normalisation potentielle de la perception sur la voiture électrique peuvent favoriser une revalorisation des actions Renault, mais il ne faut pas sous-estimer la durée du cycle. À l’intérieur d’un portefeuille, Renault reste selon le Loup de Zurich «une brique “cyclique value auto” à mettre en face de valeurs plus structurantes / défensives, pas un core holding “buy & forget” (une valeur à acheter et à conserver indéfiniment, sans se soucier des nouvelles qui tombent)». Au sein du CAC 40, Renault, «c’est le boxeur qu’on a enterré trop vite. Il est revenu sur le ring, il encaisse, il marque des points, il distribue du cash au coin du ring… mais l’arbitre (le marché actions) fait encore semblant de ne pas le voir», conclut le Loup de Zurich.
Les lecteurs de Momentum, la lettre d’investissement premium quotidienne de Capital sur la Bourse, ont pu éviter l’effondrement en Bourse des actions Renault. Au-delà du potentiel de hausse théorique (la différence entre le cours de Bourse actuel et le juste prix estimé de l’action Renault selon l'analyse financière), est-il temps de repasser à l’achat désormais selon l’analyse technique ? Verdict dans Momentum, qui a livré récemment son analyse et sa recommandation sur les actions Renault. Momentum propose chaque jour une anticipation sur le CAC 40 et des recommandations d'achat ou de vente sur plusieurs actions en Bourse. Profitez de 5 mois offerts pour un abonnement d’un an en cliquant sur le lien ci-après.















