Depuis le printemps dernier, le marché de l’immobilier subit un ralentissement comme il n’en avait plus connu depuis une décennie. L’année 2022, qui avait pourtant fort bien démarré, devrait ainsi s’achever avec un volume de ventes inférieur à 900.000 logements, contre plus de 1,1 million en 2021. Les locataires auraient-ils perdu l’envie de devenir propriétaires de leur toit ? Et l’augmentation continuelle des prix depuis 2015 (+ 3% par an en moyenne) les aurait-elle fait fuir ? Pas du tout. La raison de cette soudaine désaffection est à chercher dans le durcissement des conditions d’octroi des crédits immobiliers, qui bloque les projets de nombreux candidats à l’accession. « Nous sommes face à des clients qui désirent acheter, en ont les moyens, mais qui ne peuvent pas obtenir leur financement pour des questions de réglementation », résume Kurt Vural, directeur commercial du cabinet de conseil patrimonial et de courtage Selexium.

La faute en revient principalement au taux d’ usure, censé protéger les particuliers contre des conditions de financement abusives (il intègre les intérêts de crédit, l’assurance décès, les frais de garanties et de dossier), et que les banques ont interdiction de dépasser lorsqu’elles accordent un prêt. Ce seuil d’usure, fixé chaque trimestre par la Banque de France (à partir des taux moyens pratiqués par les établissements de crédit, augmentés d’un tiers), s’établissait jusqu’en septembre dernier entre 2,27 et 2,29%, selon la durée de remboursement.

>> Notre service - Faites des économies en testant notre comparateur de crédit immobilier

Sauf qu’avec la hausse des taux de crédit, de près de 1 point sur un an, et l’augmentation éventuelle du coût de l’assurance décès-invalidité, il était très fréquemment franchi. D’où les refus de prêts à répétition de la part des banquiers. Selon l’Union des intermédiaires de crédit, près de 45% des dossiers présentés en septembre dernier ont été rejetés. Certes, depuis douze mois, le taux d’usure est régulièrement révisé à la hausse : il pointe, depuis le 1er octobre dernier, entre 3,03 et 3,05%. Mais comme les taux du marché grimpent au même rythme, l’histoire semble sans fin. « Pendant quelques mois encore, nous allons certainement voir le marché du crédit se détendre un peu après chaque hausse du taux d’usure, au bénéfice des emprunteurs, puis se gripper de nouveau », anticipe Ludovic Huzieux, directeur associé d’Artémis courtage.

Dans ce contexte très spécial, les candidats à l’emprunt ont toutefois intérêt à ne pas trop traîner pour se lancer. En effet, malgré la nette tendance haussière, les taux affichés par la plupart des établissements bancaires demeurent bon marché. « Ils sont de l’ordre de ceux de l’été 2016, qui étaient alors très inférieurs à ceux observés durant les années précédentes », rappelle Cécile Roquelaure, directrice des études chez Empruntis. C’est-à-dire qu’ils naviguent, en moyenne, entre 1,20 et 2%, selon la durée de remboursement et le profil de risque du client.

La suite est réservée aux abonnés
Offre spéciale -30% avec le code HIVER26
  • Accès à tous nos articles pour comprendre l’économie
  • Des conseils pratiques et solutions concrètes pour gérer vos finances
  • Lecture immersive, publicité limitée
  • Sans engagement