Mauvaise surprise pour les futurs propriétaires. Le 10 avril 2026, le Premier ministre, Sébastien Lecornu a annoncé la fin des chaudières gaz dans les logements neufs collectifs à partir de la fin de l’année, une décision qui marque un tournant pour tout le secteur immobilier. Derrière cette mesure, c’est un changement profond qui s’opère, avec des conséquences directes sur le coût des programmes et les conditions d’achat pour les acquéreurs.

Car le marché encaisse déjà les effets de la remontée des taux d’intérêt, de l’inflation des coûts de construction et des tensions géopolitiques, notamment liées à la Guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, qui ont contribué à la flambée et à la volatilité des prix de l’énergie. Dans ce contexte, l’interdiction du gaz vient ajouter une contrainte supplémentaire dans un secteur déjà fragilisé.

Des surcoûts techniques qui remontent jusqu’à l’acheteur

La Fédération des Promoteurs Immobiliers ( FPI ) alerte sur l’impact de cette transition dans un secteur déjà sous tension. La fin du gaz impose de repenser certains projets, notamment ceux conçus avec des systèmes hybrides.

Résultat, des ajustements techniques qui peuvent représenter plusieurs milliers d’euros par logement. Dans un communiqué publié après l’annonce gouvernementale, la fédération estime que cette évolution va « renchérir mécaniquement le coût des opérations », notamment en raison du renforcement des réseaux électriques et des équipements nécessaires.

Ces coûts devraient être répercutés sur les prix de vente, alors même que la réglementation environnementale durcit progressivement ses exigences, avec des seuils renforcés en 2025, 2028 et 2031, poussant les promoteurs vers des solutions plus complexes comme les pompes à chaleur.

Pour autant, sur le terrain, cette hausse reste peu perceptible à court terme. « L’acheteur ne va pas le ressentir de manière brutale, car tout est anticipé en amont par les promoteurs », explique Smahen Amrani, agent immobilier dans le neuf en Île-de-France.

Un marché sous pression, des acheteurs prudents

Dans ce contexte incertain, le comportement des acquéreurs évolue. « Ce n’est pas seulement technique, mais ça devient un critère de décision pour certains clients », observe-t-elle.

Mais la priorité reste souvent budgétaire. « 80 % des acquéreurs veulent surtout une livraison rapide pour arrêter de payer un loyer », souligne-t-elle. Beaucoup privilégient donc un bien disponible rapidement, quitte à ne pas être totalement à jour sur les dernières normes.

D’autant que tous les programmes ne sont pas logés à la même enseigne. Certains logements commercialisés aujourd’hui relèvent encore de la RT2012, une ancienne norme thermique moins exigeante, tandis que les plus récents sont soumis à la RE2020, une réglementation environnementale plus stricte qui limite fortement les émissions de carbone et favorise des systèmes de chauffage sans gaz.

« Il y a encore des programmes en cours en RT2012 à cause des retards accumulés depuis les crises », précise la professionnelle.

Des charges potentiellement plus faibles… mais encore floues

Côté charges, la promesse est claire, des logements mieux isolés et des équipements plus performants doivent permettre de réduire la facture énergétique. Dans l’ancien, un T2 de 40 m² peut encore représenter 1 200 à 1 600 € par an de dépenses énergétiques.

Dans le neuf, ces coûts devraient baisser, mais difficile d’avancer des chiffres précis dans un contexte de forte volatilité des prix de l’énergie. « C’est la première année d’exploitation qui permet vraiment de juger », tempère Smahen Amrani.

Les vérifications indispensables avant de signer

Face à ces évolutions, certains réflexes deviennent incontournables. Première étape, vérifier si le permis de construire est obtenu et si les travaux ont réellement démarré.

Ensuite, il est essentiel de demander la notice descriptive avant de réserver. « C’est l’ADN du programme. On y trouve tous les détails techniques, notamment sur le chauffage et l’eau chaude », insiste-t-elle.

Derrière la fin du gaz, c’est donc toute l’équation économique du neuf qui évolue, entre exigences environnementales, contraintes techniques et pouvoir d’achat des ménages.