
Depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l'Iran fin février, les marchés financiers sont sur les nerfs. L'OAT à 10 ans, le taux auquel l'État français emprunte et qui sert de boussole aux banques pour fixer les taux immobiliers, qui était autour de 3,40 % en février, a franchi les 3,60 % à la mi-mars. Un mouvement brusque, qui avait fait craindre une nouvelle spirale à la hausse sur le crédit. Mais le mois de mai va nous laisser reprendre notre souffle, selon les données de Pretto.
Les taux moyens de crédit immobilier s'établissent à 3,27 % sur 15 ans, 3,42 % sur 20 ans et 3,50 % sur 25 ans, avec des variations inférieures à 0,05 point par rapport à avril. Sauf que ce moment de calme pourrait n'être que temporaire. Si la BCE a choisi de maintenir ses taux directeurs à 2 % le 30 avril 2026, elle a revu ses prévisions sur l'inflation 2026 à la hausse : 2,6 % contre 1,9 % anticipé en début d'année. Les marchés obligataires anticipent désormais une à deux hausses des taux directeurs d'ici la fin de l'année. Si ce scénario se confirme, les taux immobiliers pourraient repartir à la hausse dès juin.
Pourquoi la guerre influence-t-elle les taux ?
Le conflit au Moyen-Orient fait flamber les prix du pétrole, et cela nourrit l'inflation bien au-delà du prix de l'essence : matières premières, transport, chaînes d'approvisionnement, alimentation. Pierre Chapon, cofondateur de Pretto, le résume ainsi : « La guerre au Moyen-Orient, même si ça change tous les jours, a globalement fait monter les prix du pétrole et cela a des conséquences sur les chaînes d'approvisionnement. L'inflation est en train d'arriver partout, au-delà du simple prix à la pompe. »
S'il serait facile de faire le parallèle avec 2022, quand la guerre en Ukraine avait propulsé les taux immobiliers de 1 % à près de 4 % en dix-huit mois, notre expert tempère : « Le contexte de départ est très différent. En 2022, on est allé jusqu'à des taux immobiliers à moins de 1 %, avec une activité économique très dynamique, un rattrapage post-Covid, une forte demande. Aujourd'hui, l'activité économique est plus molle, on a les droits de douane, le chômage qui pèse. Il n'y a pas de rattrapage à faire. » Les proportions restent donc encore modérées.
Des banques qui font le « yoyo »
Face à ce contexte, toutes les banques n'adoptent pas le même comportement. Certaines ont fortement relevé leurs grilles en avril, par prudence face aux tensions obligataires, puis font marche arrière en mai pour récupérer des parts de marché. Le CCF, par exemple, baisse ses barèmes de 0,10 à 0,25 point selon les profils, gommant presque intégralement sa hausse précédente. À l'inverse, le Crédit Agricole Île-de-France remonte de 0,10 point.
Pour Pierre Chapon, ce « yoyo » sur les barèmes « traduit bien le marché actuel : un crédit immobilier piloté de très près par les banques, qui peuvent revenir rapidement dans le marché quand elles veulent capter des dossiers ». Le mot d'ordre dans ce paysage ? Comparer, « et comparer au bon moment », insiste Pierre Chapon.
Mai 2026, une fenêtre à ne pas laisser passer
Pour quelqu'un qui est en train de chercher un bien, le message de Pierre Chapon est clair : « Il y a une petite pause dans la hausse en mai, donc une fenêtre. Il ne faut pas traîner. » Un acheteur qui signe son compromis en juin pourrait en effet faire face à une hausse au moment où il déposera son dossier de financement, si l'inflation s'installe davantage.
Pour autant, pas de panique. Un couple gagnant 4 000 euros nets par mois peut encore emprunter 279 000 euros sur 25 ans pour une mensualité de 1 400 euros. Si les taux montent de 0,10 point, la mensualité augmente de 14 euros. Ce n'est pas de nature à faire capoter un projet. « Les taux augmentent, mais ils restent bons. Les hausses ne sont pas de nature à rendre un projet inintéressant. Il faut garder la tête froide et se dire qu'on peut encore trouver 3,3 ou 3,4 % sur 25 ans, à taux fixe ». L'expert conclut ainsi : « Dans un contexte d'incertitude sur les retraites et sur l'avenir, acheter de l'immobilier dans ces conditions reste une bonne chose ».
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