
A peine élue, la nouvelle majorité parisienne a décidé de taper du poing sur la table sur le front de l’immobilier : «On envoie un signal à tous les propriétaires de logements vides : louez votre logement, ou vendez-le !», lançait l'adjoint au Logement, Jacques Baudrier. Face aux 300 000 logements vacants dans la capitale, l’équipe d’Emmanuel Grégoire a décidé de doubler la taxe sur les logements vacants, qui passera de 17% à 30% de la valeur locative cadastrale la première année et même de 34% à 60% la seconde. Objectif : remettre des logements sur le marché et faire peur aux propriétaires.
«C’est le moment de vendre les logements vacants, car ça va cogner très fort», ajoutait même Emmanuel Grégoire. Mais cette mesure va-t-elle rebattre les cartes ? Selon 20 Minutes, de nombreux propriétaires ont déjà peur de voir le marché de l’immobilier s’effondrer dans la capitale. Les locataires seront-ils les grands gagnants ? Non, à en croire les spécialistes, notamment parce que le marché est tendu et parce que certaines mesures touchent déjà les propriétaires : «Croire que cela puisse jouer sur la location, c’est une fable», décrypte auprès de 20 Minutes le président de l’association 35 millions de petits propriétaires, Christian Demerson.
Une demande toujours énorme à Paris
Selon l’ancien dirigeant de l’UNPI, «les propriétaires, quels qu’ils soient, essaieront toujours de rentabiliser leur bien. Ce qui est déjà très difficile, voire impossible à cause de l’encadrement des loyers.» Du côté de la plateforme PAP.fr, le discours est similaire notamment à cause de la demande qualifiée d’«extrêmement forte» à Paris. «Pour le moindre studio, il y a 2 000 demandes en vingt-quatre heures. Donc même si la mesure remettait 80 000 logements sur le marché comme l’espère la municipalité, il est difficile de dire qu’il y aura un impact», analyse sa directrice générale, Laëtitia Caron.
Y aura-t-il dans le même temps davantage de transactions immobilières ? La directrice de PAP.fr n’y croit pas forcément. Pourquoi ? Car, selon elle, une partie des biens qualifiés de logements vacants appartiennent à «des Parisiens, parents ou grands-parents, qui ont quitté Paris pour la banlieue ou la région». Ces derniers ne gardent pas leur bien pour le plaisir, mais potentiellement pour leurs enfants ou leurs petits-enfants qui viendraient à faire leurs études dans la capitale. Ils ne veulent pas non plus s’embêter avec une location à charge.
Les résidences secondaires dans le viseur
Si certains attendent que les prix à la location remontent, ils pourraient toutefois être fortement pénalisés par la forte augmentation de la taxe sur les logements vacants, met en garde l’ancien dirigeant de l’UNPI, évoquant de possibles ventes «dans l’urgence» pour ceux qui ne pourront pas payer. Qui achètera ? La mairie ou des courtiers, estime-t-il, ce qui va tirer les prix à la hausse : «Ils vont faire de la spéculation ou ils vont louer au prix le plus fort possible», alerte Christian Demerson auprès de 20 Minutes.
Si certains experts estiment que la rentabilité des logements est quasi nulle à Paris aujourd’hui à cause de l’encadrement des loyers, les chiffres mettent en exergue une grande partie de résidences secondaires. Selon nos confrères, 80% des propriétaires possèdent au moins deux logements, et 40% au moins cinq ! Autant de propriétaires qui auront les moyens de payer la taxe sur les logements vacants. Mais du côté de la mairie, on assure que le but est plutôt de remettre sur le marché «un maximum de logements». Les résidences secondaires sont donc dans le viseur. Aujourd’hui, onze arrondissements en dénombrent plus de 10%.




















