Avoir un bon salaire ne suffit plus pour décrocher un crédit immobilier. Depuis le durcissement des règles du HCSF (Haut Conseil de stabilité financière), les banques doivent respecter un plafond de 35 % d’endettement, assurance comprise, avec une durée maximale de prêt fixée à 25 ans, avec une tolérance pouvant aller jusqu’à 27 ans dans certains programmes neufs. Résultat : de nombreux dossiers autrefois finançables sont désormais refusés.

Le taux d’usure complique aussi l’équation. Ce plafond légal correspond au taux maximal auquel une banque peut prêter, tous frais compris. Depuis le 1er avril 2026, il atteint 5,19 % pour les prêts immobiliers à taux fixe de 20 ans et plus, selon la Banque de France. « Même de bons dossiers pouvaient être bloqués à cause du taux d’usure », explique Daniel Cadiou, ancien conseiller bancaire et fondateur de Cadexia Épargne.

Les banques regardent désormais bien plus que le salaire

Dans les faits, les établissements bancaires analysent surtout le comportement financier global du futur emprunteur. Le premier point sensible reste le fameux « saut de charge ». Concrètement, une banque compare l’ancien loyer à la future mensualité de crédit. « Si un ménage paye 800 euros de loyer mais vise une mensualité à 1 200 euros, la banque cherchera à voir s’il est capable d’épargner régulièrement les 400 euros d’écart », souligne Daniel Cadiou.

Les relevés bancaires des 3 à 6 mois précédant la demande sont également passés au crible. Découverts répétés, crédits renouvelables, paiement fractionné ou jeux d’argent en ligne peuvent fortement pénaliser un dossier. « Il faut arriver avec des comptes propres : zéro crédit conso, zéro incident, zéro réserve de paiement inutilisé », insiste l’ancien conseiller bancaire.

PEL, PER, assurance vie… ces placements qui rassurent les banques

L’épargne joue désormais un rôle central dans l’obtention d’un crédit immobilier. Les banques apprécient particulièrement les profils capables de mettre de l’argent de côté régulièrement, même avec des revenus moyens. Les produits comme le PEL ou le CEL restent perçus comme des signaux positifs de gestion financière. Même logique pour le PER ou l’assurance vie. Le PER peut notamment être débloqué pour financer l’achat de la résidence principale, et donc permettre d'augmenter son enveloppe, comme le rappelle Service-public.fr. L’assurance vie, elle, rassure les banques sur l’existence d’une épargne de sécurité mobilisable en cas d’imprévu. « Quand un client possède de l’épargne financière, la banque peut plus facilement faire un effort sur le taux », explique Daniel Cadiou.

Autre levier souvent sous-estimé : l’assurance emprunteur. Son coût entre dans le calcul du crédit et peut réduire la capacité d’emprunt. « Pour un prêt immobilier à 3,40 %, une assurance emprunteur à 0,36 % représente déjà plus de 10 % du taux du crédit », rappelle Daniel Cadiou. « Sur un prêt de 200 000 euros sur 20 ans, faire passer le taux d’assurance de 0,36 % à 0,28 % permet de réduire le coût total de l’assurance d’environ 7 316 euros à 5 675 euros », selon une simulation réalisée par Daniel Cadiou. Soit plus de 1 600 euros d’économies sur la durée du crédit. Le coût de l’assurance varie notamment selon l’âge, l’état de santé, le statut de fumeur ou encore la profession exercée.

Ces profils qui empruntent encore facilement

Les banques continuent de privilégier certains profils jugés plus stables : fonctionnaires, salariés de grands groupes ou professionnels de santé. À l’inverse, les indépendants et dirigeants d’entreprise restent plus complexes à financer, même avec des revenus élevés, car les banques analysent davantage la régularité des revenus et les bénéfices réellement versés.

Enfin, les courtiers rappellent qu’il reste essentiel de préparer son dossier plusieurs mois avant l’achat. Augmenter son apport, solder ses crédits à la consommation ou domicilier ses revenus dans la banque prêteuse peut encore permettre d’obtenir de meilleures conditions… et parfois augmenter significativement sa capacité d’emprunt.