
Le gouvernement a annoncé une nouvelle coupe dans les aides à l’apprentissage pour économiser 200 millions d’euros en 2026 et 700 millions l’année suivante. Si la mesure s’inscrit dans un contexte de rigueur budgétaire, Bruno Coquet, chercheur associé à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), met en garde contre les conséquences potentielles d’une politique menée au rabot. Pour lui, il est essentiel de ne pas fragiliser le système.
«Les coups de rabot ont bien commencé il y a quelque temps, ce qui a permis de réaliser des économies substantielles, même si le coût total reste toujours plus élevé qu’avant la crise sanitaire. Mais l’idée est de revenir à l’aide unique, comme imaginée dans la réforme de 2018», explique-t-il dans le magazine Challenges, soulignant que le contrat d’apprentissage «resterait tout de même le contrat aidé le plus généreux pour les jeunes et le moins onéreux pour les employeurs». Le chercheur rappelle que le stock d’apprentis a explosé après la mise en place des aides exceptionnelles post-Covid, passant de 487 000 fin 2019 à plus d’un million fin 2023, avec près de 458 000 créations d’emplois directement ou indirectement liées à ces dispositifs.
Ne pas «tuer la poule aux œufs d’or»
«Tout l’enjeu est de revenir à des niveaux d’aides acceptables pour les finances publiques sans tuer la poule aux œufs d’or», insiste Bruno Coquet. Selon lui, la rationalisation du système ne doit pas passer par une baisse excessive des coûts des contrats, qui pourrait fragiliser les centres de formation des apprentis (CFA) et «provoquer des effets délétères». Il souligne également que l’apprentissage coûte moins cher que l’université : 8 700 euros par an contre 13 000 euros pour un étudiant en master. En 2025, 830 000 jeunes ont suivi un contrat d’apprentissage.
Pour financer durablement le dispositif, le chercheur propose de revoir certains leviers. La taxe d’apprentissage, calibrée sur le stock d’apprentis de 2017, ne correspond plus à la réalité actuelle et a rapporté environ 4 milliards d’euros en 2024, insuffisants pour couvrir les besoins. D’autres pistes incluent une réflexion sur l’exonération de CSG et CRDS pour les apprentis, considérée comme atypique dans le paysage des subventions publiques.



















