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Quand une grande école conclut un partenariat avec l’un des fleurons français de l’intelligence artificielle (IA) générative, ce n’est pas uniquement un coup de com’. En unissant ses forces à Mistral AI, l’EM Lyon Business School annonce la couleur : l’envie de former des dirigeants capables de piloter les transformations technologiques en cours.
Dès 2026, deux programmes Executive verront le jour, conjuguant expertise technique et réflexion managériale. Ce virage symbolise un mouvement plus large : l’intelligence artificielle devient une colonne vertébrale de la stratégie des business schools, et les MBA, leurs bras armés pour la diffuser.
Des MBA pour former à gérer l’existant et préparer les ruptures
L’irruption de l’IA dans les MBA oblige les écoles à repenser la nature même de leurs formations. Fini l’approche modulaire, où un cours «IA & business» faisait office d’alibi. Désormais, l’intelligence artificielle irrigue les cursus, comme le note Joachim Massias, directeur du MBA IA et Data Innovation de De Vinci Executive Education : «C’est le prisme à travers lequel nous revisitons les fonctions de l’entreprise.» Face à l’accélération technologique, l’enjeu n’est plus seulement d’intégrer les outils appropriés ou les bons cas d’usage, il est de former à une pensée stratégique augmentée, capable d’articuler IA, leadership, éthique et gouvernance. A l’Insead, Mark Stabile, directeur des programmes diplômants, insiste : «L’IA est une technologie puissante mais pas neutre, qui transforme la prise de décision, la chaîne de valeur et le rôle du manager.»
Cette hybridation impose aux écoles une double agilité : pédagogique – pour concevoir des contenus réactifs, adaptés à des publics non techniques –, et organisationnelle, pour créer des ponts entre recherche, entreprises et pratiques de terrain. Comme le fait l’EM Lyon Business School, via son institut AIM (Artificial Intelligence in Management Institute) et sa plateforme d’intelligence artificielle interne LuminAi. Ou encore l’Edhec, qui adosse ses MBA à son centre IA et à Station F.
Au fond, c’est la fonction même du MBA qui s’actualise. Historiquement fondé sur l’analyse des organisations, ce diplôme devient un espace d’anticipation des grandes transitions : l’IA, évidemment, mais également la data, le climat, la souveraineté technologique… Les business schools ne forment plus seulement à gérer l’existant, elles préparent à penser les ruptures.
Notre sélection de MBA qui mettent le paquet sur l’IA
Maîtriser l'IA pour dialoguer avec la tech sans en être prisonnier
Côté participants, l’intégration de l’IA change la nature même de l’expérience MBA. Il ne s’agit pas de devenir un expert technique, mais de savoir mobiliser les outils et les cadres d’analyse pour orienter une organisation. A la Rennes School of Business, Warith Harchaoui, enseignant-chercheur et coordinateur de la majeure IA, évoque «une méthodologie en trois temps : comprendre les bases de l’intelligence artificielle, évaluer sa valeur ajoutée, piloter les projets IA». L’ambition est claire : déconstruire les mythes, renforcer la réflexivité et faire émerger des décideurs capables de dialoguer avec la tech sans en être prisonniers.
Cette posture critique devient indispensable dans un environnement où l’IA est tantôt surévaluée, tantôt diabolisée. Les MBA offrent justement un cadre d’expérimentation, de recul et de confrontation des points de vue. Ils deviennent des laboratoires d’intelligence collective, où les étudiants croisent leurs expériences, analysent les limites des modèles et s’entraînent à arbitrer entre solutions technologiques et contraintes humaines.
Les feed-backs des diplômés sont sans ambiguïté. Nombre d’entre eux prennent des rôles stratégiques nouvellement créés – «Head of AI», «AI Strategist» –, ou deviennent les référents IA de leur entreprise. Mais au-delà de l’employabilité immédiate, ils bénéficient d’un gain de légitimité. «Ils traduisent la complexité de l’IA en opportunités business», souligne Joachim Massias (De Vinci Executive Education).
Cette légitimité passe par une pédagogie expérientielle. Hackathons, feuilles de route IA, projets de transformation… : les MBA multiplient les mises en situation concrètes. «Nous lions l’intelligence artificielle à l’innovation, à la “supply chain” ou à la finance pour en faire un fil conducteur. L’enjeu est de connecter la technologie aux décisions, et non d’en faire un totem», explique Steven Seggie, directeur académique des programmes Weekend et Hybrid EMBA de l’Essec.
L'IA bouscule les finalités des MBA
Ce glissement des MBA vers une culture IA est aussi tiré par la demande du marché. Les recruteurs cherchent moins des codeurs que des profils capables de piloter des projets IA, de poser les bonnes questions aux algorithmes, d’anticiper les risques… C’est d’ailleurs sur cette grille que se construit l’ingénierie pédagogique des écoles. A Neoma, Sami Attaoui, directeur du Global Executive MBA, insiste sur «le rôle de l’IA dans la disruption stratégique, avec des immersions terrain auprès d’entreprises pionnières».
A l’Essec, les cadres dirigeants apprennent à intégrer l’IA dans la prise de décision et le positionnement stratégique. Et à l’Edhec, les étudiants codéveloppent des solutions IA pour travailler sur des problématiques réelles de transformation durable. Mais l’essentiel ne se joue pas uniquement sur le terrain technique. L’enjeu est culturel, éthique, stratégique. Gouvernance des biais, souveraineté technologique, IA de confiance… Ces questions ne relèvent plus uniquement des comités RSE ou des data scientists. Elles sont désormais au cœur de la formation des futurs décideurs. Dans les salles de classe, les débats s’élargissent : à quelles conditions une IA est-elle «responsable» ? Qui décide de ses usages ? Comment arbitrer entre performance, équité et transparence ? Ce sont ces dilemmes que les écoles intègrent à leurs programmes, pour préparer leurs étudiants à des responsabilités où l’IA ne sera pas seulement un outil, mais un terrain d’arbitrage permanent.
«L’intelligence artificielle a besoin d’être encadrée et challengée. C’est un champ à fort enjeu éthique, pas une simple boîte à outils», rappelle Mark Stabile, de l’Insead. L’IA ne redéfinit pas seulement les contenus des MBA. Elle en bouscule les finalités. Il ne s’agit plus de former de simples utilisateurs, mais des stratèges lucides, capables de penser, encadrer et incarner un leadership augmenté.
«Mon projet de fin d’études m’a conduit à une publication académique»
William Limousin, 45 ans, directeur du cluster de Lhoist France Ouest, Neau (53)
Ingénieur Arts et Métiers et diplômé de Georgia Tech, j’ai suivi, en 2024, l’EMBA de Rennes School of Business pour sa dimension internationale, sa proximité géographique… et son focus sur l’IA. A la clé, un renforcement de mon leadership et l’intégration de l’impact stratégique de l’intelligence artificielle dans l’industrie. Une semaine y était dédiée, mêlant réflexion sur la gouvernance, éthique des données et leviers de valeur. Primé à la conférence Euram 2025, mon projet de fin d’études m’a conduit à une publication académique sur le développement durable. Grâce à ce cursus, j’ai évolué vers un poste de direction multisite, avec la responsabilité de projets liés à la décarbonation.
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