Contraintes par la crise sanitaire, les entreprises ont dû révolutionner leur management en seulement un an : télétravail, simplification des process… Pour la philosophe Julia de Funès, ce virage spectaculaire est source de progrès. Car cette nouvelle autonomie pourrait, bien plus efficacement que les injonctions au bonheur et leurs multiples promoteurs, alléger enfin la charge mentale des salariés !

Dans La Comédie (in)humaine, vous dressez un tableau drolatique et assez féroce de l'idéologie bonheuriste en entreprise. Pourquoi, selon vous, est-ce une hérésie ?

Julia De Funès : Parce qu'elle part d'un faux raisonnement : les gens heureux sont plus performants donc, en rendant nos salariés heureux, nous les rendrons plus productifs. C'est un paralogisme ! Les entreprises qui succombent à cette mode managériale imaginent le bonheur comme un objectif atteignable, recettes à l'appui. D'où la création des chief happiness officers, chargés de veiller à l'épanouissement des collaborateurs, et la multiplication des conventions d'entreprise où les salariés sont priés de danser sur la chanson Happy dans une ambiance «fun»… quitte à se sentir coupables s'ils ne jouent pas le jeu !

Le bonheur n'a rien à voir avec cette mascarade et ne devrait en aucun cas constituer l'objectif premier des managers, sous peine de graves désillusions. Car il s'agit d'un état instable, éphémère, éminemment subjectif. Non seulement il relève de la sphère privée, mais il est dans sa nature d'être une énigme.

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