«On va aller à la rencontre du peuple des elfes.» La phrase ne sort pas d’un roman de fantasy, mais a été prononcée lors d’une formation professionnelle. Certaines formations financées par France Travail ont de quoi interpeller. Le magazine Complément d’enquête, diffusé ce jeudi 9 avril sur France 2, a en effet révélé des stages de développement personnel aux promesses pour le moins étonnantes, mêlant bien-être, spiritualité… et créatures imaginaires telles que gnomes, licornes ou lutins.

Le reportage met en lumière un secteur en plein essor : celui des formations dites de bien-être ou de développement personnel, parfois partiellement financées par des fonds publics, et dont les objectifs interrogent sur leur adéquation avec les dispositifs d’insertion professionnelle. Dans certains cas, des demandeurs d’emploi se voient proposer des stages aux intitulés surprenants, comme «Rencontre avec les êtres de la nature». Les journalistes ont ainsi suivi une formation de deux jours organisée en Normandie, facturée environ 300 euros, où les participants étaient invités à «partir à la rencontre du peuple des elfes» et d’un certain «roi elfique» nommé Dagda.

Jusqu’à 60% du chiffre d’affaires

Au programme : palpation des champs énergétiques, activation de codes magiques ou encore dialogue avec des êtres invisibles. Une approche très éloignée des dispositifs classiques de retour à l’emploi. Dans ce stage filmé en caméra cachée, les participants livrent sans détour leur ressenti. Une femme affirme notamment croire à la présence de dragons dans le ciel et explique avoir découvert cette formation via les services de France Travail, précisant que sa conseillère y était favorable.

Selon les éléments recueillis par Complément d’enquête, certaines structures de formation auraient bénéficié d’un soutien financier conséquent via France Travail. Entre 2011 et 2020, jusqu’à 60% du chiffre d’affaires d’une formatrice interrogée aurait été couvert, pour des activités liées au magnétisme, à la naturopathie ou encore à la communication animale, pour un total estimé à 43 000 euros. Depuis 2021, l’organisme public affirme avoir renforcé ses critères de sélection. France Travail accompagne chaque année plusieurs centaines de milliers de formations, avec une vigilance accrue sur leur contenu et leur utilité professionnelle.

Interrogé par nos confrères sur ces pratiques, le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, a jugé cette formation «assez surprenante» et «un peu loin des objectifs» de l’organisme, qui finance 300 000 à 400 000 formations.