L’emmental français est-il en danger ? C’est ce que craignent une partie des producteurs et représentants de la profession. C’est dans ce cadre qu’un collectif à l’initiative de Sodiaal, la première coopérative laitière française, était reçu à l’Assemblée nationale mardi 19 mai pour tenter de mettre fin aux importations européennes qui sont de plus en plus importantes, indique BFM. Les Mousquetaires, Carrefour, Coopérative U, Leclerc, Metro… tous ont signé une charte : ils n’importeront plus d’emmental issu des pays voisins, et ce pour leurs marques propres.

Interrogé au cours de cette réunion, le président du Groupement Mousquetaires, Thierry Cotillard, a aussi demandé une certaine fermeté. «La décision qu’on a aujourd’hui, les distributeurs, à dire ‘on ne fera par un sourcing étranger’, c’est s’autoriser à ne pas donner le choix au consommateur. Car si on donne le choix, on est mal parce il achètera au moins cher», a-t-il souligné. Et d’ajouter : «Après, il faut que l’agriculture soit en capacité d’être compétitive.»

Les industriels absents des débats

Aujourd’hui, comme le rappellent nos confrères, il y a environ dix centimes d’écart entre un paquet d’emmental de 200 grammes origine France et son équivalent européen. Selon le collectif soutenu par Sodiaal, cela représente à l’année 2,80 euros de plus pour un foyer qui a une consommation de 5 kg par an. Mais pour Thierry Cotillard, même si l’écart est marginal, cela reste un enjeu dans un contexte où le pouvoir d’achat est mis à rude épreuve.

Les patrons de grande distribution réunis ont martelé la nécessité pour tous les distributeurs de faire pareil. Mais mardi, les industriels manquaient à l’appel. Or, l’emmental est un fromage très utilisé dans les produits transformés (sandwiches, pizzas…) Pour éviter de tromper les consommateurs, les professionnels veulent faire adopter le logo Origin’Info qui détaille l’origine des produits. Une mesure qui est d’ailleurs en plein débat à l’assemblée dans le cadre des discussions sur la loi d’urgence agricole.

La France a la capacité de production

Plus globalement, l’emmental est devenu un enjeu de souveraineté, au même titre que les œufs ou le poulet. S’il est consommé par 92% des foyers, un sur cinq provient d’un pays européen. En janvier dernier, les exportations ont bondi de 54%. Or, pour Sodiaal qui consacre un quart de sa production de lait à la fabrication de l’emmental, l’enjeu est majeur, car la France produit assez, mais souffre d’une concurrence européenne moins chère.

«On est passé de 3 000 tonnes à 5 000 tonnes d’importations. On a un différentiel de l’ordre de 50 à 70 euros entre le lait français et le lait allemand. Il y a des appels d’offres. Certains sont tentés de s’approvisionner en dehors de la France alors qu’on a aujourd’hui les capacités en termes de production et de transformation pour défendre l’origine de l’emmental français», a notamment laissé entendre Jean-Michel Javelle, président de la Coopérative Sodiaal.