L’affaire des laits infantiles prend peut-être un nouveau tournant. Il y a une dizaine de jours, le parquet de Paris avait ouvert cinq enquêtes contre de nombreux groupes du secteur, Nestlé, Lactalis, Danone, Babybio et La Marque en moins. Des enquêtes s’ajoutant aux procédures en cours et enquêtes ouvertes dans les parquets locaux. Le but est de tenter de comprendre si des nourrissons ont pu être contaminés par la bactérie «Bacillus cereus» (ou céréulide) en buvant du lait. Quelques jours auparavant, 24 familles attaquaient l’Etat et les industriels afin d’obtenir des analyses plus poussées leur permettant d’établir un lien entre l’hospitalisation de leurs enfants et une potentielle consommation des produits incriminés.

Mais selon les informations de la cellule investigation de Radio France, un premier lien entre la consommation de lait infantile et la présence de la toxine dans les selles d’un enfant a été confirmé. Il s’agit d’un bébé de 24 jours, hospitalisé début février au CHU de Montpellier. Il avait alors consommé du lait infantile de la marque Gallia Calisma (Danone) visé par un rappel officiel. Selon Radio France, la concentration de toxine découverte dans ses selles était supérieure à la dose aiguë de référence, celle-ci étant de 0,014 microgramme de céréulide par kilo de masse corporelle.

Le ministère de la Santé a eu connaissance des résultats

D’après nos confrères, les analyses ont été réalisées en Belgique afin de faire un potentiel lien entre les laits potentiellement contaminés et les selles d’enfants malades. Pourquoi un laboratoire belge ? Car aucun français n’est en mesure de le faire, avaient déjà révélé début janvier nos confrères. Et à chaque fois que les parents réclamaient des tests, ils étaient renvoyés par les autorités françaises vers le fabricant du lait. Or, selon l’avocat des familles qui avaient porté plainte, la procédure posait «de sérieux problèmes», car «Nestlé se retrouvait à la manœuvre d’une enquête sanitaire qui le concerne directement», le tout «encouragé par les autorités».

Le ministère de la Santé confirme auprès de Radio France avoir bien «reçu du laboratoire saisi dans le cadre des investigations en cours un premier résultat d’analyse de selles positif à la toxine céréulide», des résultats prouvant que «l’enfant concerné a été exposé à cette toxine». Il reconnaît enfin que «la présence de la toxine céréulide est susceptible d’expliquer les symptômes observés». Mais le ministère tempère quand même auprès de nos confrères, car «l’analyse de l’imputabilité relève d’une expertise collégiale médicale et scientifique».

Trois décès suspects

Le ministère ajoute enfin qu’«elle appartient aux experts compétents, notamment aux soignants ayant pris en charge l’enfant ainsi qu’aux spécialistes en toxicologie mobilisés dans le cadre des investigations». Ces analyses concernent un enfant hospitalisé, mais d’autres enquêtes ont été ouvertes notamment à Bordeaux, Blois et Angers après le décès suspect de trois nourrissons qui avaient consommé du lait visé par des procédures de rappel.

Si les lots de lait ont été rappelés à partir de début janvier, dans plus de 60 pays désormais, le groupe Nestlé aurait été au courant dès le 26 décembre, avance toujours Radio France. De son côté, Danone assure désormais mener des contrôles sur ses produits «avant leur mise sur le marché» et par des laboratoires indépendants.