
Nestlé, Danone ou encore Lactalis… Depuis le mois de janvier, les rappels de laits infantiles se succèdent en France, à cause d’une potentielle contamination à la bactérie «Bacillus cereus» (ou céréulide). Les retraits se sont d’ailleurs multipliés avec le durcissement des seuils autorisés pour la toxine. Si cette dernière peut provoquer diarrhées et vomissements, deux enquêtes pénales ont été ouvertes à Angers et Bordeaux à la suite du décès suspect de deux nourrissons. Mais aujourd’hui, comme l’a appris Franceinfo, des familles montent au créneau et saisissent la justice.
Plus précisément, 24 familles attaquent l’Etat et les industriels afin d’obtenir des analyses plus poussées qui permettraient d’établir un lien entre l’hospitalisation de leurs enfants et une potentielle consommation des produits incriminés. Le tribunal judiciaire de Paris a donc été saisi pour mise en danger délibérée, maintien de denrées dangereuses, blessures involontaires et entrave à la manifestation de la vérité, peut-on apprendre. Pourquoi une telle procédure ? Car les familles déplorent l’inaction des autorités ou alors parce qu’elles sont renvoyées vers les industriels pour faire examiner les laits infantiles.
Les analyses menées… par Nestlé
Une mère de famille interrogée par Franceinfo explique que son fils de cinq mois consomme du lait Guigoz depuis sa naissance, dont des lots ont été rappelés. Or, comme il avait présenté des symptômes similaires à ceux décrits dans le cadre des rappels, elle les avait donc signalés à l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France et via Signal Conso. Réclamant une analyse des produits, elle est finalement contactée par une responsable de la direction départementale de la protection des populations des Hauts-de-Seine.
Ce contact lui explique que les tests seront réalisés par Nestlé «à la demande» des autorités et que la multinationale a «gentiment accepté de réaliser les analyses», ont appris nos confrères dans la conversation de la plainte retranscrite. Pourtant, la mère de famille va refuser que son lait soit récupéré par Nestlé afin d’être analysé par un laboratoire indépendant. Mais l’industriel va la recontacter pour lui demander de renvoyer les lots dans le cadre d’une «procédure récemment mise à jour par [son] service qualité».
Un seul laboratoire agréé pour mener les analyses
D’autres parents ont témoigné d’une procédure similaire, comme un père d’une petite fille malade tout le mois de décembre et qui avait bu du lait potentiellement contaminé. Là encore, on lui a répondu que Nestlé allait «gérer la suite». A chaque fois, la DDPP 92 contacte Nestlé, qui se retourne à son tour vers les parents. Une «procédure qui pose de sérieux problèmes» dénonce l’avocate des familles, car «Nestlé se retrouve à la manœuvre d’une enquête sanitaire qui le concerne directement», le tout «encouragé par les autorités».
Pourtant, selon Franceinfo, une instruction technique du ministère de l’Agriculture sur les intoxications alimentaires collectives mentionne bien le fait que c’est aux Directions départementales de la protection des populations (DDPP) de lancer des analyses d’aliments suspects par des laboratoires indépendants et officiels. Si le ministère de l’Agriculture répond que «dans le cas présent, les analyses sont effectuées par les exploitants dans des laboratoires dont les performances sont adaptées aux besoins», il avoue ne pas avoir de moyens de mener d’autres investigations sanitaires. A ce jour, seule l’Anses est capable de détecter et de quantifier la toxine céréulide en France.




















