Six jours après le début des frappes au Moyen-Orient, la situation est toujours aussi tendue et la menace plane sur les échanges commerciaux, notamment à cause du détroit d’Ormuz. Pourquoi ? Parce que 20% du pétrole mondial passe par là. Or, si le gouvernement français assure depuis plusieurs jours qu’il y a des réserves et qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter ni de se ruer à la pompe, l’essence et le gazole ont déjà vu leur prix bondir. Mercredi, Roland Lescure a ainsi annoncé des «contrôles» avant de recevoir les distributeurs ce jeudi 5 mars.

Mais la réponse de ces derniers a été rapide. Selon le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, le «grand gagnant» de la hausse du prix de l’essence n’est autre que «l'Etat». «Plus de 51% du prix que vous payez à la pompe part directement dans les poches de l'Etat», a-t-il ajouté. Plus tard, dans la journée, le gouvernement a défendu son action, réfutant ces accusations : «Un choc pétrolier n'a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques, car ça affecte la croissance et donc ça affecte les recettes de l'État», a répondu Bercy.

Un baril loin d’être aussi haut qu’au début de la guerre en Ukraine

Alors, à qui profite cette hausse ? Interrogé par Europe 1, l’économiste Marc Touati a un avis bien tranché : «Il y a une arnaque, pas démentielle, mais on le voit, les prix du pétrole ont augmenté.» Il a comparé ensuite la situation avec la guerre en Ukraine, où en 2022, le baril était monté à 130 dollars. «Là, on est à 82 dollars, il y a un mouvement d’anticipation, il n’y a pas de raisons d’augmenter et de répercuter sur les prix à la pompe. On vend du pétrole qui a été stocké», a souligné l’économiste qui a déploré «un mouvement d’exagération».

Marc Touati a ainsi rappelé que lorsque le baril baisse, «on a du mal à répercuter. Les distributeurs s’en mettent un petit peu au passage dans les poches», a-t-il ajouté. Distributeurs ? Gouvernement ? Ou pétroliers ? «Il y a un mécanisme de fixation des prix qui est un petit peu complexe, et quand on touche à un curseur, cela entraîne des conséquences», a ajouté Jean-Jacques Manceau, journaliste chez Capital, rappelant que les distributeurs gagnaient environ 2% sur l’essence.

Des pétroliers «pas à plaindre»

De son côté, le consultant et spécialiste de l’énergie, Jean-Pierre Favennec, a mis aussi en cause les pétroliers sur Europe 1. «Si on regarde les profits des grandes sociétés pétrolières, on ne va pas pleurer», a-t-il analysé, ajoutant que lorsque le prix du baril descend, les prix descendent moins vite. Il y a également un dernier facteur, a mis en avant Marc Touati : le comportement des Français «qui alimentent la spéculation» en faisant la queue aux stations-service. Mais il en est persuadé : «L’inflation va augmenter et il y aura des impacts.» Reste à savoir combien de temps le conflit va durer.