
Six jours après le début des frappes au Moyen-Orient, la situation est tendue et la menace plane sur les échanges commerciaux, notamment à cause du détroit d’Ormuz. Pourquoi ? Parce que 20% du pétrole mondial passe par là. Or, si le gouvernement français assure qu’il y a des réserves et qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter, l’essence et le gazole ont déjà vu leur prix bondir. En effet, vendredi 6 mars, le SP95-E10 se vendait en moyenne 10 centimes plus cher qu’il y a une semaine, à 1,82 euro le litre, contre 1,72 le 27 février, la veille des premières frappes israélo-américaines sur l’Iran. Quant au gazole, il se vendait à 1,98 euro le litre en moyenne, contre environ 1,72 euro le 27 février, soit une hausse de 26 centimes.
Mercredi, Roland Lescure a ainsi annoncé des «contrôles» avant de recevoir les distributeurs ce jeudi 5 mars. Mais la réponse de ces derniers a été rapide. Selon le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, le «grand gagnant» de la hausse du prix de l’essence n’est autre que «l'Etat». Plus tard, dans la journée, le gouvernement a défendu son action, réfutant ces accusations : «Un choc pétrolier n'a jamais été une bonne nouvelle pour les finances publiques, car ça affecte la croissance et donc ça affecte les recettes de l'État», a répondu Bercy.
Un baril loin d’être aussi haut qu’au début de la guerre en Ukraine
Alors, à qui profite cette hausse ? Interrogé par Europe 1, l’économiste Marc Touati a un avis bien tranché : «Il y a une arnaque, pas démentielle, mais on le voit, les prix du pétrole ont augmenté.» Il a comparé ensuite la situation avec la guerre en Ukraine, où en 2022, le baril était monté à 130 dollars. «Là, on est à 82 dollars, il y a un mouvement d’anticipation, il n’y a pas de raisons d’augmenter et de répercuter sur les prix à la pompe. On vend du pétrole qui a été stocké», a souligné l’économiste qui a déploré «un mouvement d’exagération».
Marc Touati a ainsi rappelé que lorsque le baril baisse, «on a du mal à répercuter. Les distributeurs s’en mettent un petit peu au passage dans les poches», a-t-il ajouté. Distributeurs ? Gouvernement ? Ou pétroliers ? «Il y a un mécanisme de fixation des prix qui est un petit peu complexe, et quand on touche à un curseur, cela entraîne des conséquences», a ajouté Jean-Jacques Manceau, journaliste chez Capital, rappelant que les distributeurs gagnaient environ 2% sur l’essence.
Des pétroliers «pas à plaindre»
De son côté, le consultant et spécialiste de l’énergie, Jean-Pierre Favennec, a mis aussi en cause les pétroliers sur Europe 1. «Si on regarde les profits des grandes sociétés pétrolières, on ne va pas pleurer», a-t-il analysé, ajoutant que lorsque le prix du baril descend, les prix descendent moins vite. Il y a également un dernier facteur, a mis en avant Marc Touati : le comportement des Français «qui alimentent la spéculation» en faisant la queue aux stations-service. Mais il en est persuadé : «L’inflation va augmenter et il y aura des impacts.» Reste à savoir combien de temps le conflit va durer.


















