Un temps annoncé début mars à 5,4%, le déficit public s’est finalement établi il y a quelques jours à 5,1% du PIB, soit un recul de 0,7% par rapport à 2024. Des chiffres qui permettent à Bercy de pousser un ouf de soulagement, explicables notamment grâce à une accélération des recettes. Dans le même temps, la dette publique est, elle aussi, en recul en 2025, s’élevant à 115,6 % du PIB. Une «bonne nouvelle» ? Pas vraiment, selon Agnès Verdier-Molinié. Interrogée sur Europe 1, l’essayiste considère que «quand il y a une bonne nouvelle, on l’achète» et «on a envie de dire que c’est formidable».

Selon la présidente de la fondation iFRAP, ces chiffres sont largement en trompe-l’œil, car certes la France fait état d’un déficit public de 152 milliards d’euros, contre 156 milliards prévus. «Sauf que la cible initiale était 4,6% de déficit et l’Insee confirme que le déficit ne se résorbe pas grâce à une baisse des dépenses publiques», souligne l’économiste. «Nous dépensons plus de 57% de dépenses publiques par rapport à la richesse nationale quand la moyenne de la zone euro, hors France, est autour de 48%», a-t-elle rappelé sur Europe 1, mentionnant ces dix points d’écart.

Plus d’impôts et les administrations publiques dans le rouge

Alors, comment expliquer ces baisses ? Elles sont uniquement dues aux prélèvements obligatoires, a tancé Agnès Verdier-Molinié dans son édition économique. Des «impôts qui passent de 42,8% à 43,8%, et encore, ce n’est pas le vrai chiffre, car il ne prend pas en compte les cotisations de l’Etat pour payer la retraite de ses agents publics», a-t-elle rappelé. Une somme qui «pèse» 67 milliards d’euros en 2025. Pire, a ajouté la présidente de la fondation iFRAP, les opérateurs de l’Etat, les collectivités locales et la Sécurité sociale sont tous en déficit.

«Toutes les administrations publiques ont fini 2025 dans le rouge alors que ce n’est pas particulièrement une année de crise», a-t-elle asséné, un élément particulièrement inquiétant, car depuis 1945, «nous ne comptons que dix années avec toutes les administrations publiques dans le rouge», Agnès Verdier-Molinié citant par exemple 2009, année de crise financière, ou encore 2021, en pleine pandémie de Covid-19.

L’essayiste rejoint sur un point le Premier ministre : «Il n’y a pas de quoi fanfaronner.» Pourquoi ? Tout simplement, car la France est toujours avec la Belgique «la lanterne rouge de la zone euro en matière de déficit public». Elle a enfin cité une récente étude de Rexecode, selon laquelle depuis 2000, l’écart de déficit avec la zone euro vient quasiment exclusivement de la hausse des dépenses de santé et de retraite.