
Revirement dans le programme Aukus. Dans le cadre de cet accord de défense, l’Australie ne recevra finalement que des sous-marins nucléaires déjà en service issus de la flotte américaine, abandonnant l’idée initiale d’un mélange entre bâtiments neufs et d’occasion. Lancé en 2021 entre l’Australie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, l’accord Aukus vise à doter Canberra de sous-marins nucléaires d’attaque de classe Virginia fournis par Washington. Initialement, le plan prévoyait la livraison d’au moins trois unités dans un délai d’environ quinze ans, avec un mix de navires neufs et déjà en service.
Mais lors d’une réunion organisée en marge du «Dialogue de Shangri-La» à Singapour, samedi 30 mai, les partenaires ont acté un changement de cap : les futurs sous-marins seront tous issus de la flotte existante de l’US Navy, rapporte RFI. Pour les autorités australiennes, cette révision répond avant tout à un impératif de simplification. Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense australien Richard Marles a défendu une approche plus homogène. «Dans le contexte d'un projet très complexe, nous devons accorder une importance primordiale à la simplicité», a-t-il déclaré.
Washington confronté aux limites de sa production navale
Il souligne également une option plus rentable, le programme représentant un investissement colossal estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars sur plusieurs décennies. L’objectif est donc de limiter les coûts et les contraintes industrielles dans un projet déjà particulièrement ambitieux. La marine américaine dispose actuellement d’une vingtaine de sous-marins de classe Virginia, mais sa base industrielle peine à suivre le rythme de production attendu, fixé à environ deux unités neuves par an.
Ce déséquilibre alimente régulièrement les débats aux Etats-Unis sur la capacité de Washington à exporter ce type de matériel tout en maintenant ses propres besoins opérationnels. Ce choix de transférer des sous-marins d’occasion à l’Australie suscite par ailleurs des interrogations au sein de la classe politique américaine. Certains responsables s’inquiètent de l’impact potentiel sur la disponibilité de la flotte nationale, alors que les tensions géopolitiques augmentent dans plusieurs zones stratégiques.
Pour Canberra, l’accord Aukus constitue un pilier de sa future stratégie militaire, notamment face à l’évolution des rapports de force dans la région indopacifique. Mais ce programme hors norme, évalué à près de 235 milliards de dollars sur trente ans, continue de soulever des questions sur son calendrier, ses coûts et sa faisabilité industrielle.



















