Au lendemain de la grande conférence sur les finances publiques animée par le Premier ministre François Bayrou, le ministre de l'Economie a pris la parole, sur France Info, pour réaffirmer : «On doit la vérité aux Français». En guise de vérité, Eric Lombard a surtout dressé un constat sans, pour l'heure, apporter de précisions sur les éventuelles mesures qui pourraient être privilégiées par l'exécutif dans l'élaboration du budget de l'Etat pour 2026.

«Le niveau d'endettement du pays n'est ni raisonnable, ni soutenable» pose le ministre : près de 3 300 milliards d'euros. Pour stabiliser cette dette, le gouvernement vise un déficit de 4,6% en 2026 jusqu'à 3% en 2029. Voilà pour le diagnostic. Les solutions ? Chaque chose en son temps à en croire Eric Lombard pour qui l'élaboration du budget 2026, dont l'objectif est de dégager 40 milliards d'euros d'économie, se fera en plusieurs étapes. La première est en cours, il s'agit du dialogue.

Le ministre souhaite un «impôt anti-optimisation»

«Nous avons réuni les parties prenantes» en amont du comité d'alerte du 15 avril, souligne Eric Lombard. «Syndicats, collectivités locales, présidents des caisses... Le projet de loi de finances sera déposé en septembre, ce qui nous laisse du temps pour construire le budget ensemble». Mais qu'y aura-t-il dans ce texte ? Le ministre de l'Economie se garde bien de donner des réponses. Tout juste consent-il à admettre : «Il n'y aura aucun tabou», y compris sur l'imposition des retraités et l'abattement de 10% : «Le sujet est sur la table». On n'en saura pas plus.

Eric Lombard a toutefois répété : «La surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises [votée dans le cadre du budget 2025] ne sera pas reconduite» au nom de la compétitivité. Pour les ménages : «Le niveau d'imposition est déjà élevé. On ne veut pas augmenter les impôts». Sauf pour les hauts revenus, avec non pas une augmentation, mais une réflexion à mener sur la suroptimisation fiscale : «Quand on a des revenus importants, des moyens légaux permettent de payer moins d'impôts». Inéquitable, pour le ministre, qui entend plancher sur «un impôt anti-optimisation».

Guerre commerciale : «Il faut travailler à la désescalade»

Quid de la TVA ? Le patron du Medef, Patrick Martin, suggère de le relever d'un point pour réaliser 10 milliards de recettes selon ses calculs. Là encore, Eric Lombard se montre pour le moins évasif : «C'est un sujet qui émerge». Les frais de santé fixés selon les revenus des patients ? «Si cette réflexion fait l'objet d'un consensus lors du dialogue avec les parties prenantes, elle sera proposée aux parlementaires». La suppression d'un jour férié ou l'ajout d'un jour de carence ? Pas de surprise : «Pas de tabou».

Enfin, le ministre a été questionné au sujet de la guerre commerciale en cours et du sursis douanier de 90 jours consenti par Donald Trump. Trois mois accordés à l'UE pour «négocier avec les Etats-Unis et parvenir à un accord». Eric Lombard se félicite que «le dialogue s'ouvre enfin», appelant les pays européens et les Etats-Unis à «travailler à la désescalade. 10% de droits de douane, c'est encore beaucoup trop». L'offensive commerciale américaine impose de «protéger notre souveraineté» conclut Eric Lombard.