Le président Emmanuel Macron a affirmé ce mardi 31 mars l’importance stratégique des moyens de paiement pour la France et l’Europe. Dans une vidéo diffusée lors du sommet de la solution française de paiement Carte Bancaire, il a insisté sur le fait qu’ils représentent «une part essentielle de notre souveraineté», rapporte BFM. Pour le chef de l’Etat, laisser ce secteur entre les mains d’acteurs étrangers n’est pas sans risque. «Renoncer à maîtriser les paiements, ce serait accepter que le cœur de notre transaction dépende d'acteurs qui ne sont pas forcément alignés avec nous, qui n'ont pas forcément les mêmes intérêts», a-t-il averti.

Face à des géants américains comme Visa ou Mastercard, Emmanuel Macron appelle à bâtir une alternative européenne. «Nous devons construire un modèle de paiement souverain», a-t-il déclaré, en mettant en avant le projet Wero. Car aujourd’hui, les paiements en Europe reposent largement sur des infrastructures étrangères. En France, la plupart des cartes sont dites «co-badgées», c’est-à-dire qu’elles fonctionnent à la fois avec le réseau national Carte Bancaire et avec Visa ou Mastercard. Ce système permet de combiner autonomie locale et usage international.

Un modèle «unique en Europe»

Mais avec l’essor des néobanques et des paiements mobiles, les cartes fonctionnant uniquement via les réseaux américains se multiplient, renforçant la dépendance de l’Europe à ces acteurs. Toutefois, le modèle français, bien qu’en perte de vitesse, reste dominant. Créé en 1984, le système Carte Bancaire représente encore une large majorité des transactions dans l’Hexagone, avec 77 millions de cartes en circulation. Emmanuel Macron a d’ailleurs rappelé qu’il s’agit d’un modèle «unique en Europe», capable de traiter 80% des paiements du pays.

Au-delà de la question technologique, l’enjeu est aussi financier. Chaque paiement effectué via Visa ou Mastercard génère des commissions dont une partie est captée hors d’Europe. A grande échelle, ces flux représentent plusieurs milliards d’euros qui échappent à l’économie européenne. A l’inverse, les transactions réalisées via le réseau Carte Bancaire permettent de conserver ces revenus au sein du continent, soutenant ainsi les acteurs locaux.

Un enjeu de souveraineté face aux Etats-Unis

Mais la question est aussi politique. Les réseaux américains sont soumis au droit des Etats-Unis, ce qui peut, en cas de tensions internationales, poser un risque de dépendance. Le paiement est «le dernier kilomètre de la souveraineté économique», a insisté Emmanuel Macron, soulignant que le maîtriser revient à garantir «la sécurité de nos échanges, la continuité de notre économie» et «notre capacité à décider par nous-mêmes».

Pour réduire cette dépendance, l’Europe mise sur des initiatives communes. Le projet European Payments Initiative (EPI) vise notamment à créer une solution paneuropéenne capable de rivaliser avec les acteurs américains. Dans ce cadre, Wero propose déjà des paiements instantanés entre particuliers, avec l’ambition de s’étendre aux commerçants. L’objectif est clair : offrir une alternative européenne tout en conservant les données et les flux financiers sur le continent.

Mais le chantier reste complexe. Coordination entre banques, investissements élevés, rentabilité incertaine… Les obstacles sont nombreux. Malgré tout, la construction d’un système de paiement souverain apparaît comme un enjeu majeur pour l’indépendance économique de l’Europe dans les années à venir.