Arrivée depuis tout juste un an à la tête de la Maison Nicolas, Cathy Collart Geiger revient pour Capital sur le plan de transformation qu’elle a mené tambour battant au sein de l’enseigne française bicentenaire, propriété du groupe Castel depuis 1988. Entre proximité et innovation, la patronne du premier caviste de France se raconte. Un parcours de plus de trente ans, d’Auchan à Picard Surgelés, en passant par Intermarché et les défis pour réveiller une belle endormie…

Comment devient-on la patronne du premier caviste de France ?

Cathy Collart Geiger : Je me suis construite avec un papa militaire de carrière dans les Forces armées françaises. Je suis du Nord, mon arrière-grand-père était mineur de fond. Mais j’ai grandi en Allemagne. Mon école se trouvait à l’intérieur de la caserne : je passais au poste le matin, il y avait la levée du drapeau. Et quand je voulais faire du sport, je me lançais dans un parcours du combattant, au sens propre. Mon père me parlait d’esprit de corps. Il m’expliquait que le chef était le premier des soldats et qu’il fallait faire bloc avec son équipe pour mener un projet commun.

Ma mère dit volontiers que, lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais : «Meneuse d’hommes». C’était ce leadership qui me plaisait. Les femmes de ma lignée maternelle n’ont jamais eu de carrière professionnelle. Mes grands-mères ne travaillaient pas. Ni ma mère, et quand aujourd’hui elle me dit «Tu ressembles à ton père», je lui réponds que je suis aussi son «antiportrait craché». J’avais à cœur, sans doute inconsciemment, de planter un premier drapeau féminin dans l’histoire de ma famille.

Ce côté «meneuse d’hommes», c’est le fil conducteur de votre carrière depuis le début ?

Absolument. Chez Auchan, où je suis entrée comme chef de rayon à 23 ans, ce qui m’a plu, c’est d’avoir tout de suite une équipe à gérer. Je serais incapable de vous dire quel était mon chiffre d’affaires il y a trente ans, mais les gens que j’ai fait grandir, je m’en souviendrai toute ma vie. Cela a été très formateur. Je me rappelle, la première fois que Gérard Mulliez est passé, il m’a demandé : «Quelle erreur avez-vous commise ces derniers temps ?». J’ai répondu avec fierté que je n’en faisais pas. Il a répliqué : «Alors, vous n’avez rien appris.» Plus tard, j’ai acheté 50 000 chemisiers en soie, mais je n’en ai vendu que 5 000. Quand il est repassé, je lui ai avoué mon erreur et je lui ai parlé des solutions que j’avais trouvées (soldes, ventes flash…). Il m’a dit : «Voilà, vous commencez à cerner votre métier de commerçant.»

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