Il y a deux ans et demi, Hervé Morin tombe sur un article en première page d’un journal : «Bridor abandonne son projet en Bretagne». Le président de la région Normandie ne perd pas une seconde. «Immédiatement, je demande au directeur de l'agence de développement économique de me dénicher le portable de Louis Le Duff», raconte-t-il. L'échange avec le fondateur du groupe éponyme, maison mère de ce spécialiste de la viennoiserie industrielle haut de gamme, démarre sur les chapeaux de roues. «Il me houspille franchement : "L'Etat, les politiques, vous êtes tous nuls ! Nous allons nous installer à l'étranger !”», se souvient le président de région. Mais Hervé Morin connaît son territoire. «En Normandie, nous possédons une très forte histoire et assise industrielles», rappelle-t-il. Quinze jours plus tard, une réunion à Paris scelle le début d'une aventure qui fait figure de modèle de réactivité territoriale.

Pour Bridor (contraction de Brioche dorée), poids lourd de l'agroalimentaire créé en 1988, qui compte 15 sites de production à travers le monde, dont quatre en France, la piste normande tombe à point nommé. Car l'abandon, à la mi-2023, du projet d’usine à Liffré, commune de 8 000 habitants à une vingtaine de kilomètres de Rennes (Ille-et-Vilaine), aurait pu compromettre les ambitions d’expansion du groupe, alors même que la demande pour ses produits de boulangerie explose chez ses 100 000 clients mondiaux.

Le blocage

En France, ouvrir ou développer une usine peut prendre jusqu’à dix ans, quand il ne faut qu'un à deux ans dans d’autres pays européens. Même si l’Etat a lancé le dispositif «sites clés en main France 2030», les industriels sont toujours confrontés à des recours juridiques en pagaille, ainsi qu’à une réglementation limitant l’artificialisation des sols.

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