Le célèbre chef Thierry Marx prépare une contre-attaque, face à la pression exercée sur le secteur français de l’hôtellerie-restauration par les plateformes internationales, qui ponctionnent, selon lui, «jusqu'à 20% de marge à certains hôteliers-restaurateurs» et qui sont «largement fiscalisées hors de France». Pour contrer cette dépendance qui met en péril des entreprises qui peinent déjà à maintenir leur rentabilité, le président de l’Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) milite depuis l’an dernier pour la création d’une plateforme française ou européenne.

«Nous devons reprendre le contrôle de la relation avec nos clients et structurer une alternative à ces géants», a-t-il déclaré lors du dernier congrès de l’UMIH à Lyon début décembre. Cette initiative a trouvé un appui significatif avec l’implication de la Banque des territoires, qui s’associera à l’UMIH, au GHR (Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France) et au GNC (Groupement National des Chaînes Hôtelières) pour concrétiser ce projet.

Une alternative française pour préserver un secteur en difficulté

Contrairement aux mastodontes internationaux, la plateforme envisagée se veut plus abordable et mieux adaptée aux réalités économiques du secteur. «Elle sera certes moins grande, mais surtout moins chère que Booking», a précisé Thierry Marx. Ce projet repose également sur une ambition culturelle et économique : valoriser l’art de vivre à la française contre les logiques purement financières et incontrôlées, et renforcer l’attractivité des territoires.

L’année dernière, lors du 71ᵉ congrès de l’UMIH à Angers, Thierry Marx avait déjà mis en avant l’importance de s’appuyer sur les innovations françaises, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Cette technologie pourrait, selon lui, permettre de structurer intelligemment l’offre touristique et offrir des outils interrogeables en langage courant, simplifiant ainsi l’expérience client.

23 dépôts de bilan dans l’hôtellerie-restauration chaque jour en France

La nécessité d’une telle plateforme s’inscrit dans un contexte global de fragilisation du secteur. Surtout quand l’on sait que la filière compte en ce moment une moyenne de 23 dépôts de bilan chaque jour en France, selon les données de l’UMIH. À cela s’ajoutent des problèmes structurels tels que l’augmentation des prix des matières premières et de l’énergie, le logement des saisonniers ou encore la dérive des titres-restaurants, dont une part croissante est utilisée dans la grande distribution. «Ce sont 575 millions d’euros par an qui échappent à nos professionnels», déplore Thierry Fontaine, président de l’UMIH Rhône.

Face à ces défis, Thierry Marx plaide pour un «syndicalisme de proposition». Outre la plateforme, il défend l’idée d’un titre alimentation solidaire, capable de soutenir à la fois les restaurateurs et les agriculteurs locaux. Il souligne également les efforts en cours pour résoudre la crise du logement grâce à un partenariat avec Action Logement.