La prise de pouvoir par le colonel Randrianirina, à l’automne 2025, a inévitablement soulevé la question de la continuité de la politique économique et des grands projets lancés sous l’administration du président Rajoelina. Il apparaît toutefois que la période de flottement a été brève, le gouvernement de transition poursuivant, dans l’ensemble, la trajectoire impulsée précédemment. Une posture qui a rassuré les investisseurs, notamment français, dont les représentants ont été reçus par le colonel Randrianirina lors de son déplacement à Paris, en février dernier.

Des indicateurs macroéconomiques stables

Après une récession historique de 7,1 % en 2020, Madagascar a enregistré une reprise moyenne de 4,4 % par an entre 2021 et 2023, contre 3 % sur la décennie précédente, avant de stabiliser sa croissance à 4,2 % en 2024. Ce rythme, porté par l’extraction minière, le tourisme, les transports et la construction, est le résultat direct des orientations économiques définies sous la présidence Rajoelina.

Le FMI a accompagné cette dynamique en approuvant, en juin 2024, deux facilités totalisant 658 millions de dollars. À l’issue d’une mission à Antananarivo, fin mars 2026, il a maintenu son programme et annoncé 183 millions de dollars supplémentaires, qualifiant cette décision de « signal de confiance » adressé aux partenaires financiers internationaux. Le FMI situe le potentiel de croissance à moyen terme à 5 %, porté par le tourisme, les télécommunications, le secteur minier et la production rizicole. Les projets contractualisés sous la précédente présidence constituent un socle que les partenaires internationaux, le FMI en tête, continuent de soutenir au-delà de la transition.

Les contraintes persistantes restent les mêmes : une inflation de 7,6 % en 2024, des recettes fiscales limitées à 10,9 % du PIB (contre 15 % jugés nécessaires par le FMI) et une réforme en cours de la JIRAMA, l’entreprise publique d’eau et d’électricité, dont le déficit représentait 1,3 % du PIB en 2023.

Économie bleue : un horizon consensuel

Lancée en 2021 et financée à hauteur de 639 millions de dollars par le Japon via la JICA, l’extension du port de Toamasina vise à tripler les capacités de cette infrastructure, qui traite actuellement plus de 80 % du volume total des marchandises entrant et sortant du pays. D’ici à 2030, Toamasina devrait atteindre 856 000 conteneurs par an, dépassant ainsi le port de Maurice, aujourd’hui référence régionale avec 600 000 unités. Ce chantier, le plus important lancé à Madagascar depuis l’indépendance en 1960, avance selon son calendrier contractuel et n’a pas été affecté par la transition politique.

Il s’agit d’un projet structurel pour l’économie malgache, à l’heure où la compétition portuaire s’accentue dans la région du canal du Mozambique. L’enjeu principal ? Capter les flux de transbordement issus du redéploiement du commerce international dans une région du Golfe de plus en plus instable et conflictuelle.

Mais il n’y a pas de port pérenne sans infrastructures logistiques. Lancée en 2022, la future autoroute de 260 kilomètres entre Antananarivo et Toamasina vise à réduire à deux heures trente un trajet qui prend actuellement treize heures pour les poids lourds. La Banque mondiale chiffre à 40 millions de dollars par an les pertes économiques liées à la congestion sur cet axe. La construction du premier tronçon de 80 kilomètres, financé sur fonds propres par l’État, était toujours en cours au mois de mars. La BADEA (Banque arabe pour le développement économique en Afrique) a, de son côté, confirmé un financement de 250 à 350 millions de dollars pour la phase 2, décidé en marge du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, en février 2025.

Mines et textile : stimuler les exportations

Porte d’entrée de la Grande Île, le port de Toamasina est aussi la principale courroie de transmission des exportations du pays. Si Madagascar est le premier exportateur mondial de vanille, le textile occupe également une place centrale. Avec plus de 400 000 emplois, le textile est le premier secteur manufacturier du pays et le deuxième employeur après l’agriculture. La moitié de ces emplois sont concentrés dans les zones franches d’exportation autour d’Antananarivo et d’Antsirabe.

Madagascar est par ailleurs le premier exportateur de textile d’Afrique subsaharienne vers l’Europe et le deuxième vers les États-Unis, avec 406 millions de dollars de recettes en 2022 dans le cadre de l’AGOA. À titre d’exemple, une partie des uniformes de l’armée française y sont produits depuis février 2025. Depuis quelques années, soutenu par la sphère publique, ce secteur dynamique se tourne de plus en plus vers le haut de gamme.

De son côté, l’extraction minière est entrée, depuis février 2026, dans une nouvelle dimension avec la levée du moratoire sur les matières premières par le nouveau gouvernement. La Grande Île recèle de nombreux gisements de matériaux stratégiques : nickel, cobalt, graphite, ilménite et terres rares. À ce stade, des centaines de demandes de permis sont en attente. Souhaitée de longue date, cette évolution s’inscrit dans la continuité de la réforme du code minier votée sous l’ère Rajoelina, en 2023.

En parallèle, le gouvernement de transition a relancé le projet Toliara, repris en main en 2024 par l’américain Energy Fuels. En 2025, le secteur minier s’est enrichi de la mise en service de la mine de graphite de Maniry et de la montée en puissance de celle de Molo, positionnant Madagascar sur le marché des matériaux destinés aux batteries électriques. Par ailleurs, quarante-sept permis miniers ont été renouvelés en mars 2025, dans le cadre d’une initiative d’assainissement du secteur.

Le tourisme : une dynamique confirmée

Si les émeutes de l’automne 2025 ont temporairement ralenti les flux touristiques, le secteur reste structurellement en très bonne forme. En 2024, Madagascar a accueilli 308 275 visiteurs internationaux, dépassant pour la première fois le niveau de 2019 (274 000), avec 780 millions de dollars de recettes touristiques. L’arrivée d’Emirates en septembre 2024 a contribué à cette dynamique, dans le sillage d’une politique d’ouverture des liaisons aériennes conduite sur plusieurs années.

Le tourisme devrait représenter 14,9 % du PIB en 2025, selon les projections des autorités. Conscient de l’importance stratégique du secteur, le gouvernement de transition a récemment lancé une campagne de promotion : spots télévisés, partenariats avec des influenceurs, entre autres.

Entre défis persistants et opportunités inédites, Madagascar trace sa voie dans un océan Indien en pleine recomposition. La capacité du pays à concilier stabilité politique, attractivité économique et transition écologique déterminera si cette trajectoire est gagnante ou s’il ne s’agit que d’un mirage de plus dans l’histoire tourmentée de la Grande Île.