
À 45 ans, l’investissement locatif apparaît comme une évidence : crédit long, effort d’épargne limité, parfois réduction d’impôt. Mais vingt ans plus tard, l’équilibre change. À la retraite, les revenus diminuent, tandis que les loyers continuent de tomber et viennent s’ajouter directement à la pension. « Ce que je remarque le plus souvent chez les investisseurs qui arrivent à la retraite, c’est qu’ils n’ont quasiment rien anticipé », constate Wilfried Behejohn, conseiller en gestion de patrimoine indépendant.
Ce basculement est d’autant plus marqué que les mécanismes qui réduisaient la fiscalité disparaissent progressivement. Une fois le crédit remboursé, les charges déductibles diminuent fortement. Résultat : les revenus fonciers sont pleinement imposés, avec 17,2 % de prélèvements sociaux. Un contribuable à 30 % peut ainsi être taxé jusqu’à 47,2 %, voire 58,2 % à 41 %. Concrètement, un retraité avec 1 500 euros de pension et 800 euros de loyers peut voir près de la moitié de ces revenus partir en impôts.
Le piège des investissements défiscalisés en fin de cycle
Le phénomène est particulièrement visible avec les anciens dispositifs comme le Pinel, dont les avantages fiscaux sont temporaires. Pour les opérations réalisées avant la fin du dispositif en 2024, la réduction d’impôt pouvait atteindre jusqu’à 18 % du prix du bien sur 9 ans, voire 21 % sur 12 ans.
Une fois cet avantage terminé, le bien reste souvent loué nu… et donc fortement fiscalisé. Ce qui permettait de réduire l’impôt pendant la vie active devient alors un revenu pleinement taxé. « Beaucoup de clients continuent à louer de la même façon après la fin du dispositif, sans mesurer l’impact fiscal », souligne Wilfried Behejohn. Dans de nombreux cas, le crédit arrive à échéance au même moment, supprimant un levier fiscal supplémentaire.
LMNP, revente : des stratégies à activer au bon moment
Face à ce basculement, plusieurs solutions existent, à condition d’anticiper. Première option : basculer en location meublée non professionnelle (LMNP) lorsque cela est possible. Les loyers relèvent alors des BIC (bénéfices industriels et commerciaux), une catégorie fiscale différente des revenus fonciers. Le régime réel permet, grâce à l’amortissement, de réduire fortement l’imposition, voire de la neutraliser temporairement selon les profils. Ce régime suppose toutefois une gestion plus active et n’est pas adapté à tous les biens ni à toutes les stratégies. Il doit donc être étudié au cas par cas.
Autre levier : la revente. La plus-value immobilière est exonérée d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention, et totalement exonérée de prélèvements sociaux après 30 ans. « Si vous pouvez, il vaut mieux attendre le plus longtemps possible pour limiter l’imposition », conseille le CGP. Le capital peut ensuite être replacé, notamment via une assurance vie, afin de générer des revenus plus maîtrisés fiscalement. Certaines stratégies plus anticipées consistent aussi à différer les revenus, par exemple via des montages en démembrement, afin de ne percevoir les loyers qu’au moment de la retraite.
Pourquoi les cinq années avant la retraite sont décisives
C’est dans les 4 à 5 années précédant la retraite que se joue la dernière véritable fenêtre d’arbitrage. Passé ce délai, les marges de manœuvre se réduisent, notamment en matière de financement et de stratégie patrimoniale. Selon les dernières données de l’Observatoire Crédit Logement/CSA, la durée moyenne des crédits immobiliers se situe autour de 21 ans début 2026, ce qui fait coïncider la fin du crédit avec la retraite pour de nombreux investisseurs. Dans la pratique, cela signifie que beaucoup de propriétaires commencent à percevoir des loyers “pleins” précisément au moment où leur fiscalité devient la plus contraignante.
« À 60 ans, les banques regardent déjà vos revenus futurs, pas seulement vos revenus actuels », rappelle Wilfried Behejohn. Cela limite la capacité d’emprunt et rend plus complexe la mise en place de nouvelles stratégies. Au final, un investissement locatif ne se pilote pas de la même manière à 45 ans et à 65 ans. Sans anticipation, ce qui était un levier d’optimisation fiscale peut devenir une source de revenus fortement imposée. La clé reste donc la même : anticiper suffisamment tôt pour éviter qu’un bon investissement ne se transforme en erreur fiscale au moment de la retraite.
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