L’épisode lié à la remise en question par le ministre de l’économie de MaPrimeRénov aura laissé des traces et ouverts des brèches. Analyse d’une logique dangereuse -pour compréhensible qu’elle soit-, qui lie la réalisation de la transition énergétique des logements à l’aide de l’État. On sait désormais que le gouvernement, Valérie Létard à la manœuvre, ne reviendra pas sur les engagements budgétaires de 3,6 milliards votés par le parlement et que l’aide ne sera pas mise à bas. On sait aussi quels aménagements sont faits dans sa distribution aux ménages, une interruption de la réception de nouveaux dossiers à partir de ce lundi 23 juin jusqu’au mois de septembre, à l’exception des travaux monogeste, et des critères d’éligibilité modifiés à la rentrés pour finir l’année. Il est probable que l’aide soit recentrée sur les revenus des premiers déciles de revenus, ce dont il sera difficile de s’indigner dans cette période.

Le psychodrame est désormais connu : Éric Lombard dans une déclaration rapide met le feu aux poudres, aussi sans doute pour éveiller les Français à l’idée que les aides publiques ne seraient plus dans l’avenir proche, dès le projet de loi de finances pour 2026, ce qu’elles étaient depuis des années, et 2020 pour MaPrimeRénov, date de sa création. La ministre du logement a ferraillé avec Bercy pour qu’il n'y ait pas de solution de continuité définitive- c’est-à-dire de rupture forte - dans le processus d’accompagnement des familles vers la mutation environnementale du parc de logements, en particulier à destination locative, les mauvaises étiquettes du DPE étant frappées d’interdiction de louer. Valérie Létard, attachée au dialogue et à la clarté, a réuni les parties prenantes le 17 juin pour leur dire quelle était la situation précise et dédramatiser.

MaPrimeRénov’ : derniers jours pour déposer votre dossier pour ces travaux avant la suspension !

Remettre en question les obligations de la loi Climat et résilience


Pourtant, les réactions continuent, et certains acteurs, après avoir entendu la mise au point de la ministre et la décision finale de Matignon, considèrent que les risques qui se sont fait jour doivent conduire à remettre en question purement et simplement les obligations de la loi Climat résilience du 22 août 2021, accusée de tous les maux, votée sans mesure réelle de son impact sur les Français, hors sol en quelque sorte. La logique semble imparable : pas d’aides ou moins d’aides, pas de contrainte légale admissible. Parmi ceux qui portent cette thèse, une grande fédération immobilière, mais également des patrons d’entreprises immobilières. À la clé, la suppression des interdictions de louer, en tout cas le desserrement du calendrier fixé par le législateur. C’était jusqu’à présent une ligne jaune que les gouvernements et les parlements successifs n’avaient pas voulu franchir.

Le Rassemblement national a fait du retour en arrière et de l’abrogation de cette loi un objectif politique de première importance, les suppliques d’une partie de la filière et les plaintes d’une proportion significative des ménages. Le seul problème est que ce contre quoi la transition écologique est censée lutter, le dérèglement climatique, n’est pas une chimère mais bel et bien notre ennemi identifié et à l’œuvre chaque jour. En outre, c’est au parc immobilier qu’il porte le plus grave préjudice après les personnes elles-mêmes. Le recul du trait de côte, le retrait gonflement des argiles, les inondations et les incendies de plus en plus fréquents, sont des réalités. Les augmentations tendantielles des primes d’assurance multirisques des immeubles, l’inassurabilité de certains d’entre eux, en sont des conséquences déjà tangibles.

MaPrimeRénov : l’impératif de continuité

Les aides à la rénovation ont triplé en 10 ans

On entend que si l’État, fût-ce pour le bien de la nation, la contraint à exposer des dépenses majeures, nécessitant des efforts pécuniaires de première importance, il doit aider les ménages. Pourtant, il n’est plus en situation avec l’argent public, venant de nos impôts, de le faire avec la même ampleur. Le montant des aides à la rénovation énergétique a triplé en dix ans, faisant reculer le reste à charge des classes moyennes. Oui, il va falloir se faire à l’idée que l’État peut imposer sans amortir le coup, ou le coût en l’occurrence. Il est vrai que s’il ne peut aider avec des moyens financiers il va devoir consentir des souplesses. Là encore, supprimer les interdictions ne constituerait pas une souplesse, mais un renoncement et le signal que la mutation énergétique est optionnelle.

Revoir le calendrier? C’est sans le dire ce que fait le gouvernement, notamment en soutenant la proposition de loi d’Amel Gacquerre, sénatrice du Nord, qui dispose que les passoires énergétiques situées dans une copropriété en passe d’engager des travaux collectifs de redressement environnemental doivent être dispensés d’interdiction de louer. Souplesse encore quand le guichet de l’Anah (Agence nationale de l'habitat) ferme cet été, sauf pour les dossiers de demande de prime pour des monogestes : on est loin de l’intégrisme du début de la macronie, qui ne jurait que par la rénovation globale, au mépris des capacités contributives des ménages. Souplesse nécessaire aussi quand Valérie Létard défend le concept d’un amortissement des logements locatifs existants et des travaux qui y seront engagés pour les sortir de leur statut de passoire ou de bouilloire énergétiques. Atténuer la douleur donc liée à la thérapie, pas renoncer au traitement.

MaPrimeRénov' : vous ne pourrez plus déposer de dossier entre ces deux dates

Moins compter sur l'assistance publique

Ceux qui, aux termes d’une logique d’airain, considèrent que l’État n’est plus en situation d’imposer s’il ne peut aider aussi puissamment qu’avant sont de bonne foi. Ils connectent néanmoins deux données que l’histoire du pays a fait résonner ensemble depuis des décennies…et de cette rime, riche, nous n’avons plus les moyens. Sans que l’État doive pour autant cesser d’obliger à ce qui est dans l’ordre de l’intérêt général. Cela veut dire que nous devrons à l’avenir puiser davantage dans nos ressources, bien que nous en ayons, et moins compter sur l’assistance publique. Cruel certes. Le débat sur le prochain budget de la France aura cette question pour thème obsessionnel : moins jouir aujourd’hui pour sauver demain, ou considérer que l’enjeu de la transition énergétique ne mérite pas tant d’efforts individuels, et qu’advienne que pourra. «Vivre et laisser mourir» ou «Mourir peut attendre» : tout est dans les titres de James Bond.